7 clefs pour comprendre les sciences arabes

Par Laure Meyer · L'ŒIL

Le 1 janvier 2006

Une exposition passionnante à l’Institut du monde arabe (IMA) met en lumière l’apport fondamental à la science en marche, de la civilisation arabo-islamique entre le IXe et le XIVe siècle.

Un empire autour de la Méditerranée
Il ne faisait pas bon vivre en Occident dans les années 600 ou 700. La civilisation gallo-romaine s’était effondrée, les rois mérovingiens étaient impuissants, et à l’Est, l’empire byzantin déclinait.
C’est alors que paraît l’islam qui se taille autour de la Méditerranée un domaine allant de l’Espagne à l’Asie centrale. Mahomet (570-632), fondateur d’une religion, est aussi chef d’un état qui s’étend à une vitesse stupéfiante.
Dans les siècles suivants se développe alors une civilisation que l’Occident a longtemps occultée mais qui apparaît maintenant comme un chaînon indispensable de l’histoire des sciences.

Une grande soif de connaissance
Des intellectuels ont d’abord recherché l’héritage de la Grèce, Aristote, Archimède, Ptolémée et bien d’autres, des Indiens aussi. On traduit, on étudie, on discute, on construit des bibliothèques.
Aristote est certainement, parmi les Grecs, celui qui a eu le plus d’influence. Les intellectuels arabes l’appellent « le Premier Maître ». Il fonde la connaissance sur la logique, l’expérience, partant de l’« être en tant qu’être ». Problème crucial pour des hommes profondément croyants !
Pour concilier cette attitude avec leur religion, les savants arabes sont d’abord tous des philosophes attachés à prouver l’existence de Dieu. Tout est à inventer. Avicenne (980-1037) et Averroès (1126-1198) sont deux grands figures du renouveau scientifique.

Avicenne, fascinante figure de l’an mil
Étrange et remarquable personnage que cet Avicenne, savant quasi-universel. Philosophe, mais aussi célèbre médecin. Son Canon de la médecine, véritable encyclopédie, a servi pendant
des siècles de référence.
Né en Iran, remarqué très tôt pour son intelligence brillante, il dévore les textes scientifiques disponibles à l’époque et commence à 17 ans à pratiquer la médecine. Sa technique consiste à examiner soigneusement le malade pour comprendre quel équilibre a été rompu et parvenir ensuite à corriger le problème. Appelé plusieurs fois au chevet de grands dignitaires moribonds, il réussit à les guérir.
Richement récompensé, il fréquente des cours princières où il rencontre les savants et lettrés de son temps. Par deux fois, il est Premier Ministre (vizir) mais des complots l’obligent aussi à fuir, ce qui ne l’empêche jamais de réfléchir, travailler, écrire.

L’art savant de la médecine
De très nombreux praticiens ont fait avancer les connaissances médicales léguées par Hippocrate, Galien et les médecins indiens. Chaque capitale avait un grand hôpital, lieu de soins, d’enseignement et de recherche.
Ibn al Nafis (1211-1288) décrit pour la première fois la circulation pulmonaire du sang ou petite circulation. En 1348, durant la peste à Grenade, deux médecins établissent la distinction entre peste pulmonaire et peste bubonique.
La chirurgie n’est pas en reste. Un auteur mort en 1009 décrit l’opération de la cataracte avec une aiguille creuse. On pratique des sutures de plaies, des amputations, des ablations du cancer de la langue et du sein… On insensibilise avec un garrot ou de la glace, et la pharmacopée fait largement appel aux plantes.

À la découverte du monde
Les scientifiques explorent le monde et le ciel qui permet de les guider. Les astronomes observent les mouvements des planètes. Ils fabriquent des astrolabes pour mesurer leur hauteur sur l’horizon, ils fixent le dessin des constellations sur un globe céleste.
Le géographe Al Idrisi (mort en 1166) réalise la première carte du monde à partir de 70 cartes partielles. On pouvait ainsi connaître dans tout l’empire la direction de La Mecque indiquée dans
les mosquées par le mur qibla, tandis que des horloges réglaient les heures des cinq prières.
De l’astronomie, on passe à l’astrologie, à l’établissement des horoscopes comme on le voit sur une
miniature décrivant la naissance d’un petit prince. Instrument politique, l’astrologie répondait aussi au désir très humain de connaître l’avenir.

Des mathématiques à la musique
Les mathématiques permettent de résoudre d’innombrables problèmes. Al-Khwarizmi, mort en 850, invente la numérotation décimale et le zéro. Puis partant de quelques éléments empruntés à l’Inde, il développe l’algèbre et la trigonométrie. Pour l’architecture, cet apport est immense. Il permet de réaliser le muqarnas, cet élégant assemblage d’alvéoles placé sous les coupoles.
La géométrie progresse aussi, traçant sur la pierre ou le bois des polygones réguliers et étoilés d’une complexité jamais atteinte. On conjugue à l’infini ces motifs sur les murs et les sols des pavages, faits en mosaïques ou céramiques de revêtement.
En musique, un rapport étroit unit les théories et les modes musicaux aux mathématiques. On se passionne enfin pour toutes sortes de « procécés ingénieux » destinés à faciliter la vie pratique, et même pour des automates n’ayant d’autre but que la prouesse technique.

La chimie magnifie les couleurs
Les progrès de la chimie permettent de renouveler deux formes d’art déjà connues, la céramique et le verre. La céramique créatrice de couleurs brillantes décore objets comme architectures. Pensons à Samarcande !
Pour imiter le bronze ou l’or, les potiers utilisent des oxydes de cuivre ou d’or revêtant les surfaces d’un splendide lustre métallique. Malaga et Manises deviennent au XIVe siècle de prestigieux centres de création. Avec la technique lajvardina consistant à disposer sur un fond bleu des motifs colorés et dorés les artisans produisent certains des objets les plus raffinés de l’époque.
Pour le verre, qui est connu depuis l’Antiquité, l’évolution de la période islamique porte sur l’application en surface d’une ornementation polychrome, reflets métalliques ou décor émaillé qui transforment l’aspect des lampes de mosquée.

Autour de l’exposition

Informations pratiques L’exposition « L’Âge d’or des sciences arabes » se tient à l’Institut du monde arabe et regroupe environ 200 œuvres. Jusqu’au 19 mars, du mardi au vendredi de 10 h à 18 h, les week-ends et jours fériés de 10 h à 19 h. Tarifs : 7 et 5 €. Visites guidées tous les jours à 14 h et à 16 h. Tarifs”‚: 13”‚; 11 et 9 €. IMA, 1 rue des Fossés Saint-Bernard, place Mohamed V, Paris Ve, tél.”‚01 40 51 38 38, www.imarabe.org

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°576 du 1 janvier 2006, avec le titre suivant : 7 clefs pour comprendre les sciences arabes

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