Mardi 11 décembre 2018

Exposé au Louvre, le Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci a retrouvé la lumière

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 9 novembre 2016 - 455 mots

PARIS [09.11.16] - Il a retrouvé la lumière et sa chevelure bouclée, son blond vénitien, mais il a gardé son sourire un peu ironique. Après dix mois de restauration, le Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci va retrouver mercredi les cimaises du Louvre.

La croix que saint Jean-Baptiste désigne du doigt est de nouveau visible. Et la peau de bête dont il est vêtu, jusque-là plongée dans l'ombre, a même pu être identifiée : une dépouille de lynx. On peut surtout admirer à nouveau les subtils jeux d'ombre et de lumière sur son visage.

Une renaissance pour ce chef-d'oeuvre qu'une quinzaine de couches de vernis, noircies par le temps, avaient plongé dans la pénombre: 110 microns d'épaisseur totale, un record pour un tableau de la collection du Louvre. En comparaison, l'épaisseur de vernis était de 60 microns sur la Sainte Anne, une autre oeuvre de Vinci restaurée en 2012.

Lors de la restauration conduite au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF). La restauratrice Regina Moreira, déjà intervenue sur la Bethsabée au bain de Rembrandt, a aminci très progressivement ces couches de vernis appliquées depuis la dernière intervention importante sur le tableau en 1802. Une tâche délicate et complexe conduite sous la houlette d'une commission internationale d'experts et précédée d'un véritable check-up de l'oeuvre.

Pourquoi ce recours massif au vernis? Dans un premier temps, il redonne de la brillance et de la profondeur, avant de commencer à noircir. "L'intérêt d'une restauration, c'est aussi qu'elle permet souvent de mieux connaître la méthode de l'artiste", souligne Isabelle Pallot-Frossard, directrice du C2RMF.

Première constatation, le Saint Jean-Baptiste ne présente "aucune lacune majeure". Son support, une seule planche de noyer, est en bon état, selon l'expert Patrick Mandron. La "cartographie" du tableau a montré que Léonard de Vinci avait utilisé une palette très restreinte, où dominent les teintes sombres, ainsi que le vermillon, très présent notamment dans la longue chevelure bouclée du saint homme.
La tonalité jaune de l'oeuvre est due à de fines couches de glacis translucides dont l'huile et les résines se sont altérées.

Régina Moreira a également découvert des repeints anciens, notamment dans le bras et le torse et surtout sur le fond sombre. L'artiste a également fait une utilisation massive de poudre de verre incolore, généralement utilisée pour son action siccative (accélération du séchage).

Avec la Sainte Anne et La Belle Ferronnière, qui a retrouvé son teint de jeune femme l'an dernier, c'est le troisième tableau du grand Léonard à être restauré en cinq ans. Une série qui a relancé les spéculations récurrentes sur La Joconde. "Ce n'est pas d'actualité", pas plus que pour La Vierge aux rochers, également exposée au Louvre, a répété Sébastien Allard, directeur du département des peintures.

Légende photo

Léonard de Vinci, Saint Jean-Baptiste (1513-1516), 69 Á— 57 cm, avant restauration, Musée du Louvre - Photo C2RMF - Sous Licence Domaine public via Wikimedia Commons

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