15 mai. - 10 juil. 2009

Paris Galerie Lelong - Paris

Nalini Malani - Cassandra

Pour sa 1ère expo-solo en France, cette artiste indienne présente, aux côtés de dessins et de tondos (à partir de 2000 €), sa vision de Cassandre sous la forme d’un polyptique de 30 panneaux dérivé de la traditionnelle peinture sous verre indienne. D’emblée, cette diseuse de mésaventures qui, d’ordinaire, passe pour avoir une parole sans crédit est perçue positivement ; au fond de la galerie, sur une cimaise rose saumon, on trouve ceci : « Dussiez-vous ne pas me croire, / Car tel est mon sort, / Tout va s’accomplir. / Vous en serez les témoins / Et bientôt, en gémissant, vous m’appellerez / La trop véridique prophétesse » (Eschyle, Orestie).

A l’aide d’icônes occidentales ou orientales (Cassandre, Médée, Alice, Radha, Sita), Malani interroge la place de la femme dans la société, et le cosmos. Bienvenue dans l’art narratif chatoyant mais aussi troublant, voire « médical », de cette artiste femme car, derrière la joliesse apparente de ses images peintes sur l’envers d’une feuille acrylique (couleurs vives, trait fin, transparence du verre), des choses inquiétantes s’y trament : des mutants, dont certains semblent échappés du Jardin des délices de Bosch, sont peut-être la conséquence d’événements tragiques (expériences scientifiques louches, bombardements atomiques), et des explosions colorées, parsemant un monde flottant style Hokusai, peuvent rappeler les attentats de 2008 à Bombay - eh oui, tout n’est pas fleur bleue chez Nalini.

A la façon d’une Alice au Pays des merveilles qui passe de l’autre côté du miroir pour voir le monde à sa façon, elle nous projette dans son imaginaire foisonnant afin de nous éclairer sur la condition humaine - et notamment féminine - d’hier et d’aujourd’hui. Sa force ? C’est en partant de l’ultra-local, via sa culture indienne, qu’elle atteint l’universel. A travers les cordons ombilicaux et l’ombilic des limbes de son tout composite, rattachant le corps à l’esprit, elle nous rappelle que, face aux actions guerrières masculines, la femme, « Terre-Mère » à la Gaia, est l’avenir de l’homme. Telle Cassandre, elle est là en tant que vigie. Le parcours dans la galerie est agréable (une scénographie aérée) et l’accompagnement pédagogique de qualité (fiche informative gratuite, catalogue soigné, 25 €) ; deux bémols toutefois : ici, la signalétique pourrait être plus claire (à l’étage, on hésite à entrer dans un bureau qui fait office de lieu pour exposer des dessins de Malani) et, par rapport à l’art transversal de cette plasticienne, il est, selon moi, dommage qu’on ne nous présente pas d’elle une installation vidéo où tout un jeu de projections d’ombres & lumières contribue à nous faire comprendre à quel point son arrière-monde, émergeant de la surface du verre-écran, est un vrai labyrinthe à décrypter.

Informations pratiques
GALERIE LELONG - PARIS

13, rue de Téhéran
75008 Paris
France

Contact
+33 (0)1 45 63 13 19

www.galerie-lelong.com/fr
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