23 mar. - 21 aoû. 2009

Paris Halle Saint-Pierre

Michel Macréau et Anselme Boix-Vives

Ici, il ne s’agit pas, comme c’est souvent le cas dans une expo bicéphale, de célébrer une amitié ou de créer un duel entre plasticiens, mais de faire se rencontrer deux pratiques artistiques hors du commun. Au rez-de-chaussée, on franchit des rideaux noirs pour découvrir, dans la pénombre, la peinture haute en couleur, et quasi phosphorescente, de Boix-Vives. Cet ex-berger catalan, ayant fait florès en Savoie dans le commerce des fruits et légumes, s’est soudainement consacré à la peinture en 1962, après avoir perdu sa femme. En sept années de création intense, à la manière d’un météore van goghien, il produit plus de 2400 œuvres. Provenant de collections particulières et de la galerie Alain Margaron, ses tableaux illuminés, des gouaches sur carton, sont aux frontières des arts naïf et brut : on y croise des personnages célèbres (Fidel Castro, Catherine Langeais…), des fleurs paradisiaques, des arbres de bonheur, des végétaux-vitraux et des animaux, domestiques ou exotiques, déployant leurs plumages aux mille reflets. Leur exubérance plastique fusionne fond et forme, le tout (animaux, hommes, nature) se mélange pour créer bientôt une contrée joyeuse où ce « primitif moderne », proche de la mystique Séraphine, orchestre de véritables hymnes à la joie et à la paix.

A l’étage, avec Macréau, qui faisait feu de tout bois (il peignait sur tous les supports possibles, draps, sacs postaux et autres murs de la ville), l’atmosphère est plus tourmentée. Cet artiste inclassable, ayant connu autant le succès que la traversée du désert, peint directement au tube, dans un style proche du tag. Cet homme sans compromission ausculte avec angoisse le corps humain en multipliant les orifices et les organes mis à nu. De toute évidence, ses fulgurances graphiques, « entre diable et Dieu », en font un précurseur de la figuration libre, du graffito urbain (Basquiat) ou encore de la scène artistique allemande d’aujourd’hui (Meese). Bref, c’est vraiment une expo en duo à faire car, en plus d’y découvrir, à l’aide de panneaux explicatifs fort clairs, d’une fiche de visite et de centaines d’œuvres exposées, deux peintres peu connus du grand public, on profite, à l’envi, d’un lieu lumineux fort agréable à visiter.

Perso, entre les deux expos monographiques, qui sont assez longues à parcourir, je vous invite à faire une halte au café de la Halle Saint-Pierre afin de bénéficier, dans un calme propice à la réflexion, d’une restauration légère proposée à des prix tout à fait raisonnables.

Informations pratiques
HALLE SAINT-PIERRE

2, rue Ronsard
75018 Paris
France

Contact
+33 (0)1 42 58 72 89

www.hallesaintpierre.org
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