12 mar. - 30 avr. 2009

Paris Galerie Polad-Hardouin

Ibrahim Shahda - La rinascita

Ici, l’accueil est très chaleureux et un bon accompagnement pédagogique (coin presse de qualité, plaquette informative gratuite, superbe catalogue à 15 €) permet d’entrer, avec intimité et retenue, dans la ronde de nuit de cet artiste. Dans les trois salles du rez-de-chaussée, vingt toiles puissantes, essentiellement des autoportraits, des paysages et quelques fleurs, nous font face, pendant qu’au sous-sol, ce ne sont pas moins de dix-sept pastels (à partir de 4.500 €), réalisés sur des feuilles noires, qui font émerger de l’obscurité des regards lourds et des visages atrophiés, comme effacés par le temps qui passe. On pense alors à Cocteau (« Chaque jour dans le miroir je regarde la mort au travail. ») et on est aussitôt saisi par la charge poignante de cet art-là, ne s’embarrassant d’aucune fioriture esthétisante.

Shahda sait déployer une virtuosité plastique (pigments de couleurs chair miroitant sur des fonds bruns) qui n’est jamais vide de sens. Ses pastels, pétris d’humanité douloureuse, et dont la puissance évocatrice n’est pas sans faire penser à Rembrandt, nous rappellent, sans aménité, le difficile « métier de vivre ». Séquence émotion. A l’étage, ses huiles flamboyantes, faisant exploser en surface des giclures de bleu piscine, rouge vermillon et orange sanguine, ne sont pas en reste. Entre ombres et lumières, les coups de brosse balafrent le corps convulsé de l’artiste suspendu, telle une « explosante-fixe », dans la plage de solitude de la toile.

Cette peinture expressionniste, qui date du début des années 80, est fraîche, vivante, on dirait qu’elle vient de se faire - ces tableaux enflammés ont l’urgence, la liberté et la franchise du croquis. Attention cependant, et c’est là que réside sa force, cette peinture de combat est double : d’un côté, elle irradie fièrement et brille de mille feux, et de l’autre, la torche picturale frémit pour se faire le miroir de l’âme. Shahda, malade, s’absente à petit feu dans les brumes mystérieuses de ses toiles-testaments, son cri du corps et du cœur se fait chant du cygne. Rideau. A n’en pas douter, ce peintre mort beaucoup trop jeune (62 ans), et injustement méconnu jusqu’à présent, connaît, via cette rétrospective titrée La Rinascita, une formidable renaissance, tant mieux. Ici, On assiste à une véritable leçon de peinture et de vie. Aussi, sans hésiter, j’invite tous les amoureux fous de vraie peinture et les jeunes artistes, à l’affût de maîtres pouvant servir de phares, à visiter au plus vite cette exposition qui sert, sur un plateau, une œuvre d’une qualité exceptionnelle.

Légende photo : Ibrahim Shahda - "Autoportrait à la grande cape" - 1982-83, Huile sur toile - 162 x 130 cm - © Galerie Polad-hardouin
Informations pratiques
GALERIE POLAD-HARDOUIN

86, rue Quincampoix
75003 Paris
France

Contact
+33 (0)1 42 71 05 29

www.polad-hardouin.com
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