Samedi 24 février 2018

05 nov. - 20 fév. 09-10

Genève Musée Rath

Alberto Giacometti

La visite démasque l’effet d’annonce. La grande manifestation se révèle être de dimension modeste, rétrospective non exhaustive n’éclairant finalement que peu la période genevoise sur laquelle le musée avait tant communiqué. Néanmoins l’échantillon des œuvres présentées tout au long du parcours chronologique parvient, bien que succinctement, à illustrer les différentes périodes de l’œuvre de Giacometti.

Neuf espaces d’exposition répartis sur deux étages retracent son cheminement artistique de 1925 à 1957, parcours émaillé de crises artistiques profondes. Le découpage par période est toutefois déséquilibré. Présentées pêle-mêle dans la première salle, quelques œuvres d’inspirations primitive, post-cubiste, surréaliste et abstraite s’échelonnent de 1925 à 1934. Les deux salles suivantes abordent la décennie de crise entamée en 1935 alors que l’artiste revient à la figuration. Quelques têtes sculptées sont exposées dans la deuxième salle étonnamment vide. De manière surprenante, la période genevoise de Giacometti, de 1942 à 1945, sur laquelle le musée a fondé la raison d’être de l’exposition, n’occupe que l’espace suivant. L’on y ressent toutefois un effort scénographique plus poussé : les figurines d’à peine quelques centimètres de haut, reflets de l’incapacité de Giacometti à rendre la réalité, sont présentées sur de larges socles blancs. Ce dispositif, bien qu’habituel, renforce intelligemment la volonté même de Giacometti : rendre l’impression d’une personne vue de loin, dans l’espace qui l’entoure.

L’effort scénographique, tant du point de vue de l’accrochage que de la mise en lumière, s’évanouit à l’étage inférieur où se poursuit l’exposition. Une vaste salle carrelée, dotée d’une grande hauteur sous plafond, est découpée sommairement en trois espaces d’exposition. Ils retracent, de 1945 à 1957, les solutions plastiques trouvées par Giacometti à son retour à Paris : des « femmes debout » aux « hommes qui marchent », les célèbres figures longilignes gagnent en corporéité dans les années 1950. Le parcours chronologique se clôt sur Esquisse, un portrait d’Annette, sa femme, daté de 1957. Son visage, à peine perceptible sous d’épaisses couches de peinture, symbolise l’entrée de Giacometti dans une nouvelle crise de représentation du sujet.

Trois cabinets de dessins et de photographies exigus sont également répartis dans le parcours, mais curieusement dissociés de lui chronologiquement. On y découvre d’intéressants documents, pour certains inédits, comme des copies d’œuvres d’art égyptiennes ou des reproductions d’après Bourdelle ou Cézanne griffonnées à même les pages de revues d’art.
Servie par des panneaux explicatifs fractionnant clairement les différentes périodes d’Alberto Giacometti, l’exposition montre bien toute l’importance de l’échec dans les recherches artistiques de l’artiste, un échec méthodique, moteur de son processus créatif. L’on peut toutefois regretter que la manifestation traite peu des phases antérieures à 1925 (à quelques dessins près, l’exposition ne montre pas les premières œuvres d’Alberto encore largement inspirées par les peintures post-impressionnistes de son père) et postérieures à 1957. Didactique, mais peu pertinente sur un sujet maintes fois abordé, cette exposition satisfera les néophytes mais laissera sur leur faim les amateurs d’art.

Marie-Emilie Fourneaux
Informations pratiques
MUSÉE RATH

Place Neuve
CH-1204Genève
Suisse

Horaires
10h-17h sauf mercredi 12h-21h
Lundi
Contact
+41 (0)22 418 33 40

institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/lieux-dexposition/musee-ra
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