26 sep. - 01 fév. 08-09

Londres Tate Modern

Rothko, The Late Series

L’expo Rothko (1999) au MNAM/Paris était beaucoup mieux, elle n’habillait pas ses vibrations vaporeuses au souffle transcendantal de tout un décorum dont elles n’ont nullement besoin. A Londres, deux salles posent problème. Lorsqu’on entre dans le parcours fait de neuf salles, on tombe sur la Room 2 qui expose, en l’isolant, une toile de la série du Seagram Building (1958) destinée à orner une salle à manger chic du Four Seasons Restaurant, New York. Vu l’aménagement de la salle, on y entre comme dans une église, on croise alors des visiteurs muets, à 3 mètres de la toile, n’osant point s’approcher. Bien sûr, la démarche spirituelle de Rothko, qui voulait « rendre la peinture aussi poignante que la musique et la poésie », prête au recueillement mais, de là à verser dans une religiosité de l’art à la limite du pathos, c’est un poil agaçant.

Autre souci, la Room 3, où se trouvent de superbes Murals, présente un dispositif proche du stratagème, comme si le commissaire Achim Borchardt-Hume voulait se substituer à l’artiste : pourquoi installer une semi-obscurité dans cette salle alors qu’elle est déjà présente dans les trouées de lumière noire que sont les rectangles aux tons rouges et bruns de Rothko ? Et pourquoi accrocher ces grandes peintures à 1m50 ou 2m du sol, alors qu’au Kawamura Memorial Museum of Art/Japon où elles sont exposées ordinairement, eh bien on peut aisément les contempler au ras du sol ? Cela va à l’encontre de Rothko et des expressionnistes abstraits qui souhaitaient faire de leurs plages all-over « des tableaux comme des drames » dans lesquels les visiteurs, afin de vivre une peinture comme découverte de soi, puissent y projeter leur corps. Dans cette salle-cathédrale de la Tate Modern qui fait doublon par rapport à l’architecture des toiles de Rothko, l’ensemble tombe plutôt à plat car les aplats de celui-ci, placés trop hauts, ne permettent pas d’être immergé dans la couleur – dommage.

Bon, il y a tout de même de bonnes choses dans cette expo et, à dire vrai, ce n’est pas tous les jours qu’on croise autant d’œuvres majeures d’un peintre de cet acabit. Je retiens notamment la Room 6 qui donne à voir des « monolithes » noirs (de la National Gallery of Washington) d’une beauté crépusculaire sidérante. Ultime bémol, le tiroir-caisse à tout-va du merchandising final (T-shirts, calepins, magnets, mugs estampillés Rothko) fait basculer sa peinture du sacré au décoratif, voire au Pop, or ce dernier qualifiait les artistes pop de « charlatans ». Quel contresens !

Informations pratiques
TATE MODERN

Bankside
Londres
SE1 9TG
Royaume-Uni

Le Journal des Arts.fr

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