Jeudi 24 septembre 2020

07 mai. - 15 juin. 2008

Paris Galeries nationales du Grand Palais

Richard Serra - Monumenta 2008

C’est à la fois massif et aérien, c’est là toute la réussite de la chose : 375 tonnes s’offrent à nous et, pour autant, ces lames d’acier très fines, parsemées de stries, de rouille et d’ombres portées via la nef transparente, semblent légères comme des plumes. D’ailleurs, en entrant dans cette « serre » de métal et de verre, c’est tout d’abord de profil qu’on les découvre et c’est très bien comme ça, elles ne se donnent pas à voir directement de face, il faut se déplacer pour les voir dans toute leur évidence plastique. C’est un travail brut de décoffrage, on s’inscrit dans le less is more des minimalistes américains manifestant la force de l’art via une épuration des formes, réduites à l’essentiel.

Ces lames verticales font penser à des totems ou à des monolithes du genre 2001, L’Odyssée de l’espace. Ca fait vraiment plaisir de voir une proposition d’artiste dans le Grand Palais évitant, pour une fois, l’expo pêle-mêle façon Fiac, Artparis et autres Kiefer (Monumenta 2007) qui avait dû se résoudre, pour exposer, à construire des boîtes dans la boîte. En outre, en y regardant de plus près, l’œuvre radicale de Serra est plus complexe qu’elle n’y paraît au départ. L’inclinaison de ces blocs d’acier accentue la multiplicité des points de vue (les photographes amateurs se régalent !), et c’est vraiment notre mouvement corporel, par rapport à ce champ sculptural devenant expérimental, qui donne toute sa dimension méditative à l’œuvre : ce sont nos sensations qui font l’œuvre davantage que ce qu’elle est en soi, 5 plaques d’acier.

Cependant, j’ai quelques réserves : pour les néophytes, cette expo est à faire, mais pour ceux qui connaissent déjà la démarche de Serra, on n’est pas hyper surpris, en effet cette idée de lames d’acier, il l’avait déjà utilisée dans deux précédentes sculptures (Allemagne et Californie). De plus, l’accent fortement pédagogique de l’entreprise m’a un peu gêné. De jolies médiatrices culturelles accompagnent le visiteur pour lui expliquer ce qu’il voit, cet effort est certes louable mais est quelque part révélateur de la crainte des organisateurs à ce que le public, sans explications, passe à côté. Or, ici, on n’est pas dans une proposition absconse façon Cellar Door, l’œuvre puissante et évocatrice de Serra ouvre un champ suffisamment réflexif et imaginatif sans qu’il soit nécessaire de venir plaquer sur ces plaques majestueuses un trop-plein informatif pouvant restreindre notre libre perception de regardeurs aventureux.

Informations pratiques
GALERIES NATIONALES DU GRAND PALAIS

3, avenue du Général Eisenhower
Paris 75008
Ile-de-France
France

Contact
+33 (0)1 44 13 17 17

www.grandpalais.fr
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