17 mai. - 31 oct. 2008

Arles Musée Réattu

Musée Réattu / Christian Lacroix

L’endroit est singulier. Ce Grand Prieuré a été fondé par l’Ordre de Malte au XVIème siècle avant d’être racheté au lendemain de la Révolution française par Jacques Réattu, un peintre qui, à défaut d’assouvir son désir d’y accueillir une résidence d’artistes, en fera son lieu de vie et son atelier. Tour à tour traversé par les ambitions des moines-soldats puis d’un peintre prix de Rome, l’édifice devient en 1868, musée de la ville.

Un siècle plus tard, l’endroit alimente les rêveries d’un enfant du pays, est le refuge de son imaginaire, le point de départ des inventions de celui qui deviendra un immense créateur: Christian Lacroix. Le musée Réattu est aussi le lieu de son premier choc esthétique, en 1957, à l’âge de 6 ans, lorsque ses parents l’emmènent voir une exposition Picasso. C'est donc un véritable retour aux sources pour Christian Lacroix qui nous présente jusqu’au 31 octobre, dans le musée de son enfance, une exposition, dont il est le commissaire, le scénographe, bref le concepteur.

Une exposition ? Pas tout à fait…peut-être une sorte d’immense cabinet de curiosité d’une trentaine de salles, environ 2000m², où se mêlent ses souvenirs d’enfance piochés ça et là dans la collection du musée, un choix d’œuvres d’artistes contemporains qu’il affectionne et avec lesquels il a parfois collaboré, ainsi qu’un échantillon de ses plus belles créations de haute couture.

Dans la collection du musée il a choisi les toiles de Raspal (1738-1811) de L’atelier de couture (1775-1780) aux Portraits d’arlésiennes (1760) saisis sur le vif, dans leurs costumes généreux, élégants et rustiques, qui ont fait émerger sa vocation. Dans une autre salle des plus mélancoliques, il a sélectionné pèle mêle des photos de Nadar, de Brassaï, les rues d’Arles de Christian Marteau, un portrait de la reine mère Elizabeth d’Angleterre par Cecil Beaton trahissant son goût pour la culture britannique, ou encore une photo d’un « Pèlerinage aux Saintes Marie de la Mer » de Joseph George…. A cela il juxtapose admirablement les pastels et collages contemporains de Bernard Quesniaux comme il confronte les photos de Véronique Ellena aux toiles de Jacques Reattu. Seule la pièce en hommage à Picasso ne supporte que la présence d’une magnifique robe manteau en satin peinte main issue de la première collection de Lacroix (1987).

L’accrochage volontairement serré façon salon du XIXème siècle où les photos sont accolées à des croquis ou à des tableaux de maître, souligne cette dimension nostalgique qui, dit-il, le « fascine ». Il faut aussi savoir écouter et respirer cette exposition. Sentir l’odeur de ces robes de taffetas ivoire qui révèlent l’étape avant la robe définitive, en même temps que l’on touche du regard les plis de chair ou de tissu des photos de Lucien Clergue ou de Jean Dieuzaide. Sans oublier les modèles de haute couture dont les descriptions des cartels vous mettent l’eau à la bouche. Lisez plutôt :« Robe de mariée en Patchwork de brocard et soie damassée vanille, fleurs bleues pales revoilées de tulle ancien brodé d’or... »

L’expérience synesthésique est accentuée par la diversité des médiums. Parmi les artistes contemporains, l’excellente Katherina Jebb qui fractionne le corps et le recompose à travers la photographie, la photocopie retravaillée et la vidéo, les installations-sculptures de Damien Firman ou sonores de Lagarrique, s’adaptent parfaitement aux œuvres anciennes. Et bien que certaines œuvres soient plus faibles que d’autres, c’est l’ensemble qui marche et surprend par son harmonie protéiforme. Cette exposition dans ce lieu magique a la saveur d’une madeleine, celle d’un macaron d’enfance ou de la délicieuse tarte au citron meringuée de notre grand-mère dont on désespérait de retrouver le goût...

Amandine Rabier
Informations pratiques
MUSÉE RÉATTU

10, rue du Grand Prieuré
13200 Arles
France

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