16 oct. - 17 jan. 08-09

Paris Galerie Polad-Hardouin

Jean Rustin - Une vie de peinture

Les dessins, à la mine de plomb, sont à 3 300 €, les petites toiles acryliques dans les 20 000 et, les moyennes et grandes, entre 40 000 et 84 000 €. De toute évidence, une des grandes qualités de cette expo-somme est d’emprunter des chemins buissonniers qui permettent de « contourner » des œuvres exemplaires de la démarche d’un artiste afin de s’aventurer dans la genèse d’une œuvre grâce à la présentation de productions plastiques peu montrées jusqu’à présent. Ainsi, grâce à la Fondation Rustin et aux prêts de collectionneurs privés, on découvre le parcours singulier d’un peintre français traversé par différentes histoires picturales.

Par exemple, on est surpris de découvrir que Rustin ne fut pas tout de suite un peintre figuratif réaliste. Ce n’est qu’en 1974 qu’il s’est mis à peindre, dans des camaïeux gris-bleus, ce que l’on connaît de lui, à savoir des êtres égarés dans des chambres d’isolement, en train de pisser, de se masturber, de somnoler ou, parfois, de baiser.

Avant, il s’est cherché. Où est donc Bébert (1964) mixe joyeusement expressionnisme abstrait et abstraction lyrique, Les Talons rouges (1971) lorgne du côté de Picasso (La Pisseuse) et une toile de la série des Couteaux (1971/73) évoque les bonshommes patauds de Philip Guston. Le reste, bien que passionnant à suivre parce que c’est là que le monde hanté de Rustin se révèle dans toute sa nudité, est plus attendu : la crudité de l’humain, livrée sans pathos. Pour dire la décrépitude de la chair, on rencontre certes des corps échoués, des verges à bout de course et des vulves raplapla, mais le tout se fait sur fond de frontalité silencieuse, de simple ligne d’horizon et d’aplats tendres.

Soyons francs, toute cette galerie fantomatique de personnages isolés, mi-jeunes vieillards mi-vieux enfants, peut fasciner, parce que ces frères humains nous renvoient directement à notre propre solitude, mais cette façon de réduire l’homme à sa plus simple expression (une forme sexuée et mortelle) peut aussi choquer - Rustin le sait : « On m’aime ou on me déteste », déclare-t-il, dans un magazine feuilleté dans la galerie.

Perso, je vous invite à pénétrer cette expo-antre qui, sur deux étages, met vraiment en lumière la poésie tourmentée de Rustin tout en n’oubliant pas d’accompagner comme il se doit le visiteur, via un bon accueil et un coin presse de qualité. Juste une réserve, dommage qu’il n’y ait pas au sein de l’expo une vidéo diffusant le film Jean Rustin, l’inquiétante étrangeté (2003) car ce dernier y déclare ceci : «Pour moi, la peinture, c’est une femme nue, les cuisses écartées, et un homme qui ouvre une porte et qui rentre dans la chambre. » Eclairant, non ?

Informations pratiques
GALERIE POLAD-HARDOUIN

86, rue Quincampoix
75003 Paris
France

Contact
+33 (0)1 42 71 05 29

www.polad-hardouin.com
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