Mercredi 13 novembre 2019

22 jan. - 30 mar. 2008

Paris Le Jeu de Paume

Eija-Liisa Ahtila : une rétrospective

Eija-Liisa Ahtila est une artiste multimédias, aussi s’intéresse-t-elle à tous les registres de l’image. Pour être franc, ses photos couleur, notamment la série intitulée Dog Bites (1992-97) où l’on voit une jeune femme nue mimant de manière humoristique les comportements d’un chien, nous distraient mais ce n’est pas transcendant non plus.

Le mieux, c’est son cinéma, moins dans les histoires racontées - le meurtre d’un gamin pied-noir par deux enfants algériens à la fin des années 50 en Algérie, un jeune couple en plein divorce, la mort d’un chien dans un foyer, etc. - que dans le mode d’exposition fragmenté de ces récits. Pour Where is Where, imaginez six écrans qui vous entourent et qui viennent raconter, via six images différentes, une même histoire (sous-titrée en anglais pendant 52 mn !) ou d’autres en parallèle en multipliant non stop les points de vue. On s’y perd un peu mais il faut reconnaître que c’est une expérience plutôt troublante que d’entrer dans une image ainsi démultipliée, on recompose le film à sa façon : ça fait un peut penser à ces livres-jeu dont vous êtes le héros, vous avez le choix entre plusieurs directions, vous en prenez une et, hop, une réaction en chaîne s’ensuit.

Voilà, c’est ça Eija-Liisa Ahtila, c’est interactif, spectaculaire et très sensible à la fois. La scénographie classieuse du Jeu de Paume est très bien pensée, les panneaux explicatifs au mur présentent clairement la démarche de cette artiste : les sujets comme la sexualité, les relations familiales, l’exclusion mais aussi la souffrance et la mort structurent l’univers émotionnel de ses récits-palindromes. Pour autant, attention, c’est une expo qui prend du temps et qui n’est point de tout repos pour le regard et la perception. Pour rentrer dans les histoires, on tombe souvent, en entrant dans une salle, sur une histoire en cours de route, il faut alors laisser le temps au temps. Par contre, une fois qu’on y est, à l’intérieur, on peut ressentir de vives émotions. Quand j’y suis allé, j’ai vu des spectateurs complètement absorbés par l’image, notamment par la vidéo Fishermen (2007) nous présentant sur un seul écran géant un récit poignant : en Afrique occidentale, des pêcheurs décident de prendre le large malgré la tempête et finissent par faire naufrage en tombant à l’eau. On frémit pour eux. Tout compte fait, au Jeu de Paume, vous pouvez y aller si vous souhaitez vivre une expérience de cinéma qui sorte des sentiers battus de la projection linéaire traditionnelle.

Informations pratiques
LE JEU DE PAUME

1, place de la Concorde
75008 Paris
France

Contact
www.jeudepaume.org
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