Dimanche 15 décembre 2019

Portrait d'objet

Téléphonie mobile : Smart Feuille

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2011 - 476 mots

En automne, selon la chanson, les feuilles mortes se ramassent à la pelle. La silhouette de l’une d’elles demeurée au sol légèrement cambrée a inspiré Mårten Claesson, Eero Koivisto et Ola Rune, au moment où le trio suédois en vogue était en train d’esquisser son premier téléphone portable.

En automne, selon la chanson, les feuilles mortes se ramassent à la pelle. La silhouette de l’une d’elles demeurée au sol légèrement cambrée a inspiré Mårten Claesson, Eero Koivisto et Ola Rune, au moment où le trio suédois en vogue était en train d’esquisser son premier téléphone portable. Celui-ci, aujourd’hui en passe d’être fabriqué en masse – date de mise en production : premier trimestre 2012 –, s’appelle tout simplement Folded Leaf, autrement dit « feuille pliée ». Un nom presque nippon pour un appareil conçu par l’entreprise de télécommunications chinoise Huawei.

Le téléphone portable est décidément un engin singulier. En l’espace d’une génération, il est passé d’un produit de niche dispendieux à un article de consommation mondialisé. Les avancées technologiques permettant d’augmenter indéfiniment ses capacités, la tendance, ces derniers temps, est d’ajouter de plus en plus de fonctions, l’ultime génération actuelle allant jusqu’à s’intituler « Smart Phone » (téléphone intelligent). Or nombre d’utilisateurs, jadis séduits, s’interrogent aujourd’hui sur leur besoin réel et sur la complication inhérente à cette surenchère fonctionnelle. À commencer par ceux qui les imaginent : les designers.

En réaction à cette inflation d’options, Claesson, Koivisto et Rune ont pris le portable à rebrousse-poil : « L’idée de simplifier l’offre et d’inviter à une réponse plus intuitive aux fonctions du dispositif nous a semblé évidente, explique Ola Rune. Nous avons évoqué la conception d’une sorte de téléphone qui se concentrerait sur la fonctionnalité principale de création et de réception d’appels. » Bref, un téléphone avec lequel on pourrait tout simplement… téléphoner. Résultat : un modèle original.

Si sa forme s’inspire de la nature, elle fait aussi référence à la courbure existant dans deux types familiers : le combiné classique de la fin des années 1930 et le téléphone « coquillage » des années 1990, « deux époques qui ont produit des modèles aux qualités conviviales, avec un angle d’oreille à menton bien pensé et une distance plus instinctive entre l’écouteur et le microphone ». Le profil légèrement incurvé du Folded Leaf en fait un appareil très organique. Ce « doux pli » cumule, en effet, plusieurs avantages. D’abord, cette courbe plus naturelle entre l’oreille et la bouche permet une meilleure visibilité de l’écran en réduisant les reflets. Ensuite, la prise en main est agréable – l’objet est délicatement arrondi – tout en présentant quelques angles judicieusement dessinés afin que l’engin ne glisse pas de la main comme une savonnette mouillée. Enfin, son poids plume, lequel se concentre dans la moitié inférieure du téléphone, celle nichée dans la paume, donne une surprenante stabilité facilitant, de fait, l’utilisation des touches. Bref : rien de futile et une indiscutable élégance.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°355 du 21 octobre 2011, avec le titre suivant : Téléphonie mobile : Smart Feuille

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