Vendredi 23 février 2018

Design : L’art de la pâtisserie

Matali Crasset, cul-de-poule et fouet

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 16 février 2010

Ne vous y méprenez pas ! Pas le moindre fantasme SM dans ces lignes, mais, au contraire, une incursion gourmande dans le monde de la… pâtisserie. Et pas n’importe lequel : celui du virtuose Pierre Hermé à travers une nouvelle gamme d’ustensiles dessinée par la designer Matali Crasset pour le fabricant italien Alessi.

Cette association Crasset-Hermé n’a rien du mariage de la carpe et du lapin, au contraire. On se souvient du fameux « couteau » que la designer a jadis dessiné pour le pâtissier, un ustensile hybride muni à la fois d’un bord tranchant pour couper et d’une lame suffisamment large pour faire office de pelle à tarte (lire le JdA no 297, 20 février 2009). Le duo remet cette fois le couvert en imaginant de conserve « trois outils indispensables à la panoplie du pâtissier » : un bol « cul-de-poule », un fouet et une spatule. S’ajoute à ce joyeux triumvirat un plateau pour servir la préparation, tarte ou gâteau.

Sans forcément mettre la main à la pâte, Matali Crasset a observé les tâches des pâtissiers dans l’atelier Hermé et décrypté les usages des différents ustensiles. Premier constat : lesdits ustensiles sont rationnels et extrêmement simples. « En pâtisserie, souligne Pierre Hermé, la forme des outils naît de leur fonction. Ce n’est pas toujours très esthétique, c’est simplement fonctionnel. » Matali Crasset n’a pas dérogé à la recette. « Pour chaque outil, explique-t-elle, j’ai choisi de mettre à plat un scénario d’usage pour rester dans cette simplicité et dessiné des objets qui sont à la fois professionnels et généreux, c’est-à-dire accessibles à des non-spécialistes. » Généreux aussi dans leur fonctionnalité, laquelle a été dédoublée.

Ainsi, la spatule est le résultat d’une fusion entre une cuillère en plastique rigide, qui sert à remuer en début de recette, et une lame en silicone, qui permet à la fois de parfaire un mélange et de racler au moment de vider le contenant. Le plateau à gâteau, lui, est constitué d’éléments concentriques qui s’emboîtent les uns dans les autres et permettent ainsi d’ajuster ledit plateau aux dimensions dudit gâteau.

Si, pour battre les œufs en neige, Leopold (von Sacher-Masoch) aurait, à n’en point douter, eu recours à un knout à six lanières et clous aigus, Matali, plus délicate, a imaginé un fouet transformiste constitué d’un fouet traditionnel en fils d’inox souples jumelé à une corolle externe munie de fils rigides gainés de silicone. Sans cette dernière, il sert aux mélanges légers, notamment pour monter les blancs d’œufs justement. Muni de sa corolle, il convient pour les mélanges plus denses, telles les crèmes ou les pâtes. « Donner deux usages distincts à un même outil est une manière de simplifier et de rationaliser le travail du pâtissier », estime Matali Crasset.

C’est le cas également avec le dernier objet : le fameux bol dit « cul-de-poule ». Au contenant semi-sphérique traditionnel en inox, la designer a ajouté une étrange boursouflure, un compartiment supplémentaire, arrondi également et habillé, à l’extérieur, d’une couche de silicone d’un orange vitaminé : « Je suis partie d’un geste, celui qui consiste à lier des ingrédients, avec l’idée de concevoir un outil global qui permet d’éviter de morceler les tâches. Avec deux contenants en un, il n’y a plus besoin de changer de récipient. Le mélange se fait dans un seul mouvement. » L’« excroissance » permet ainsi de travailler d’abord des petites quantités, pour démarrer une recette, avant d’augmenter les proportions à mêler dans le contenant principal. Elle fait aussi office de poignée. « En contact avec le silicone antidérapant, le mouvement est plus évident et le maintien plus facile, précise Matali Crasset. J’aime aussi l’image du pâtissier qui prend à bras-le-corps son outil, dans un geste à la fois fluide et charnel. » Du gâteau !

Baptisée « Essentiel de pâtisserie », la gamme comprend, pour l’heure, un plateau à gâteau (diamètre 30 cm, 75 euros), un bol cul-de-poule (94 euros) un fouet (35 euros) et une spatule (18 euros).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°319 du 19 février 2010, avec le titre suivant : Matali Crasset, cul-de-poule et fouet

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