Mercredi 12 décembre 2018

Photographie

L’Iran en vedette à Photoquai

La deuxième édition de la Biennale des images du monde, organisée à l’initiative du Musée du quai Branly, s’installe le long de la Seine

Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2009 - 673 mots

PARIS - Visant à amplifier le succès de son édition inaugurale qui avait attiré 230 000 visiteurs en novembre 2007, la 2e Biennale des images du monde « Photoquai » qu’organise, en partenariat avec neuf autres espaces culturels parisiens, le Musée du quai Branly court jusqu’à fin janvier 2010 pour certains lieux.

Cinquante photographes de trente-deux pays sont exposés le long de la Seine, tandis que le Quai Branly dévoile « 165 ans de photographie iranienne ». Outre les « Portraits croisés » montrés au pavillon des Sessions, l’annexe au Musée du Louvre, Photoquai s’associe à des expositions aussi diverses que « Michael Kenna » à la Bibliothèque nationale de France, « Voyages » à la Maison de la culture du Japon ou « Shadi Ghadirian » à la galerie Baudoin Lebon, une artiste iranienne mondialement reconnue. « La mission de Photoquai reste de soutenir la création et d’aiguillonner la curiosité du public en montrant que "l’œil" photographique existe ailleurs que dans les circuits occidentaux dominants », rappelle Stéphane Martin, président du Musée du quai Branly.

Sous l’impulsion de l’Iranienne Anahita Ghabaian Etehadieh, directrice artistique de cette édition et fondatrice de la Silk Road Gallery, unique galerie de Téhéran dédiée à la photo, la rétrospective consacrée à la photographie iranienne coïncide avec l’intérêt du marché pour cette scène invitée à Paris Photo en novembre. Dès 1844, des photographes français initient le roi Nasseredin Shah Qajar à cet art. « L’Iran est le premier pays musulman à avoir une histoire de la photographie alors que l’islam proscrit l’image.

Arrivée par l’Occident, la photo a pris le relais des peintures de cour de l’époque safavide (XVIe-XVIIIe siècles) qui avaient transgressé cet interdit », relate Bahman Jalali, commissaire de l’exposition et l’un des pères, avec Kaveh Golestan, du photojournalisme iranien dans les années 1960-1970. L’accrochage didactique met en relief les scènes de cour d’Antoine Sevruguin au XIXe siècle, les portraits en studio des années 1920-1930 montrant l’européanisation forcée d’une société portant le costume croisé, l’avant-gardisme formel du talent ignoré d’Ahmad Aali dans les années 1960 comme des scènes, édulcorées, de la révolution islamique et de la guerre Iran-Irak. Métaphorique ou humoristique, la création contemporaine contourne la censure, à l’instar de l’œuvre critique de Mehdi Monem ou de Shadi Ghadirian. Le parcours s’achève par des approches conceptuelles mondialisées. « Ni ambitieuse ni militante, cette exposition dresse un état des lieux de la création photographique en Iran », souligne Stéphane Martin.

Bas résille et peau de bison
Événement phare de Photoquai, l’exposition qui mène le visiteur du Kazakhstan à l’Antarctique est cantonnée aux quais de la Seine en raison d’une baisse du budget global. Les séries brèves, pour la plupart inédites, explorent des thèmes communs : l’environnement, la guerre, la violence, l’identité.

Le parti pris esthétique ou poétique laisse transparaître un discours engagé voilé : les façades quasi aveugles qu’a recensées Santiago Porter montrent les lieux de pouvoir de la dictature en Argentine en décrépitude ; la favela verticale que constitue une tour squattée par 460 familles qu’a photographiée le Brésilien Julio Bittencourt dénonce une injustice sociale ; le thriller pop de la Mexicaine Daniela Edburg scénarise la culture de consommation. Tandis que le Canadien Adrian Stimson travesti en « Buffalo Boy » portant bas résille et peau de bison ou Jeff Thomas et ses figurines renvoyant aux typologies d’Edward Curtis revendiquent tous deux leur identité d’Indiens d’Amérique.

Plus ambitieuse, l’exposition aboutie « Portraits croisés », au pavillon des Sessions, crée des résonances anachroniques entre quarante images ethniques de la collection du Musée du quai Branly et des sculptures d’arts premiers. Signées de Claude Lévi-Strauss, d’Henri Cartier-Bresson et d’auteurs méconnus, leurs langages formels instaurent un dialogue aussi insolite que la silhouette d’une Musulmane voilée (1902), d’Hugues Krafft avec l’épure d’une hache caraïbe minimale.

PHOTOQUAI. 2E BIENNALE DES IMAGES DU MONDE, www.photoquai.fr. Jusqu’au 29 novembre au Musée du quai Branly, 37, quai Branly, 75007 Paris, tél. 01 56 61 70 00, www. quaibranly.fr, mar.-mer.-dim. 11h-19h, jeu.-vend.-sam. 11h-21h. Catalogue Photoquai, coéd. Musée du quai Branly/Actes Sud, Arles, 204 p., 30 euros.

Photoquai
Direction artistique: Anahita Ghabaian Etehadieh, directrice de la Silk Road Gallery, Téhéran
9 institutions parisiennes associées au Musée du quai Branly

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°310 du 2 octobre 2009, avec le titre suivant : L’Iran en vedette à Photoquai

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