Samedi 15 décembre 2018

Design

Le VIA mal dans ses meubles

Considéré comme peu réaliste et trop \"mode\", l’organisme doit revoir ses missions.

Le Journal des Arts

Le 1 novembre 1994 - 873 mots

À l’heure où le VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement) présente un état de la création française au Musée des arts décoratifs de Gand, celui-ci essuie de sévères critiques. Sous tutelle du ministère de l’Industrie et financée essentiellement par les industriels du meuble, l’association est confrontée à des baisses de moyens et doit revoir ses missions.

PARIS - "Le VIA, c’est une impulsion, reconnaît le designer Martin Szekely. Au début des années 80, je n’avais pas de commanditaire, et l’association m’a confié un budget pour réaliser des prototypes. Elle m’a permis, ainsi qu’à d’autres créateurs français de ma génération, de donner une réalité à mon travail et de figurer en permanence dans des salons professionnels".

Echo semblable du côté du jeune designer Eric Raffy, successivement lauréat d’une sélection VIA en 1986 et d’une carte blanche en 1992 : "Ces designers d’aujourd’hui sont les enfants du VIA. Tous ceux qui ont quelque chose à dire dans ce domaine sont passés un jour ou l’autre par cette structure." Il est vrai que l’association a découvert Philippe Starck et Garouste & Bonetti grâce à ses "appels permanents" (des bourses accordées chaque année à des designers pour financer des prototypes), et donné très tôt des "cartes blanches" à des grands noms de la création tels que Jean Nouvel, Jean-Michel Wilmotte ou Andrée Putman.

Pour autant, le VIA ne fait pas l’unanimité. "VIA ? ça s’écrit comment ? ironise un éditeur de meubles parisien. C’est un sujet obsolète, qui n’intéresse plus personne depuis un an et demi." Si la profession dans son ensemble reconnaît que l’institution a été un tremplin pour bon nombre de créateurs dans une période où la France ne comptait pas d’éditeurs, elle lui reproche néanmoins de n’avoir pas fait les choix qui s’imposaient. "À vouloir défendre la création française dans son entier, on se retrouve avec une production inégale en qualité", regrette un designer. Qui trop embrasse, mal étreint.

C’est aussi l’avis d’un autre créateur : "Le VIA fait une politique tous azimuts, de crainte de perdre quelqu’un. En occupant le terrain de l’éphémère, il ne fait pas de politique à long terme. Au lieu de soutenir tous les designers français lors d’opérations ponctuelles, mieux vaudrait en sélectionner quelques-uns et les soutenir jusqu’au bout."

De leur côté, les industriels du meuble réunis au sein de l’UNIFA (Union nationale des industries françaises de l’ameublement) sont parfois réticents à financer cette vitrine parisienne considérée comme peu réaliste et trop "mode", donnant trop dans l’image musée et pas assez dans le produit. "On ne peux pas dire que ce soit faux, reconnaît Philippe A. Mayer, président du VIA et de l’UNIFA. Certains industriels fabriquant du rustique normand n’ont pas une idée bien précise de ce que fait le VIA. Même si d’autres, dans le contemporain, mesurent ce que l’association apporte à l’industrie du meuble."

Forte réduction
Le VIA est financé par une taxe para-fiscale prélevée sur toutes les factures des industriels de l’ameublement, à l’exception de certaines manifestations ponctuelles subventionnées par le ministère de la Culture ou de l’Industrie. Cette taxe étant passée de six pour mille à deux pour mille, le budget du VIA s’et trouvé fortement réduit depuis sa création, en 1980. Néanmoins, celui-ci atteint 10 millions de francs cette année. En février dernier, l’activité commerciale de l’organisme a cessé, à Paris comme à l’étranger.

"VIA diffusion SARL était, à l’origine, un service rendu aux créateurs et aux industriels pour qu’ils soient reconnus et achetés, précise Jean-Claude Maugirard, directeur et fondateur du VIA (nommé et renouvelé périodiquement par le ministre de l’Industrie). Aujourd’hui les choses ont totalement évolué, la distribution s’est beaucoup ouverte à la création française, et ce service n’avait plus lieu d’être. Du reste, il nous coûtait très cher." Le VIA revient à sa vocation initiale : être un organisme de création d’image, qui n’oublie pas pour autant le dialogue entre les industriels et les créateurs. "Jusque-là, on ne prenait pas assez en compte ce que les industriels attendaient des créateurs. Nous voulons aujourd’hui privilégier ce rapport", précise encore Philippe A. Meyer.

En ajoutant qu’aux dix écoles de design déjà financées par le VIA (dont l’ENSAD, Camondo, ECM, l’École des beaux-arts de Rennes, subventionnées à hauteur de 100 000 francs chacune), quatre viendront s’y adjoindre à compter de 1995. L’accent est mis désormais sur la formation et l’édition de produits plus adaptés au marché. La prochaine "carte blanche", confiée à René Bouchara, un créateur familier du mobilier contemporain de grande diffusion (David Lange, Griffon) en est un signe, un autre indice étant que le VIA rejoindra, en mai prochain, le giron de l’UNIFA, avenue Daumesnil à Paris. Ce déménagement – qui coïncidera avec le 15e anniversaire du VIA – sonnera-t-il définitivement le glas des pièces "manifeste" du VIA ?

Exposition du VIA, "Meubles d’en France", jusqu’au 11 décembre au Musée des arts décoratifs de Gand. L’exposition ira ensuite, avec le soutien de l’AFAA (Association française d’action artistique), à l’Institut français d’Edimburg et au Musée Macintosh de Glasgow, du 14 octobre au 19 novembre, et au Centre culturel des rencontres au Luxembourg, du 25 janvier au 28 février.

*Exposition "Le plat pays", mobilier contemporain de Flandres, du 17 novembre au 17 décembre 1994, à la galerie VIA, 4-6-8, cour du Commerce Saint-André 75006 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°8 du 1 novembre 1994, avec le titre suivant : Le VIA mal dans ses meubles

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