Panorama

Le design espagnol a le vent en poupe

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 2 juillet 2013 - 754 mots

Censé montrer l’inventivité espagnole, le Musée des arts décoratifs de Bordeaux se contente
d’aligner les noms les plus connus et une majorité de pièces dont l’édition est contemporaine.

BORDEAUX - Le design espagnol a, ces derniers temps, le vent en poupe. Ou, plus exactement, certains designers hispaniques. Mais ce simple constat suffit-il pour mériter une exposition ? En outre, peut-on la construire uniquement à partir de pièces sélectionnées dans des catalogues de vente ? La réponse est deux fois non. Démonstration avec cette présentation concoctée par le Musée des arts décoratifs de Bordeaux et déployée, hors les murs, sur les deux niveaux de la Galerie des beaux-arts, à Bordeaux, jusqu’à la mi-septembre. Selon son énoncé, « Design España » « souhaite faire découvrir au public français la force et la singularité du design “Made in Spain”, les apports de l’inventivité espagnole en matière de mobilier, de graphisme et de design industriel, et quelques repères puisés dans l’histoire de l’architecture et du mobilier au XXe siècle ». Sont, à cet effet, rassemblées 150 pièces de 46 architectes ou designers « d’hier et d’aujourd’hui ». Le parcours, lui, s’articule en trois parties : la première « met en lumière l’importance des arts graphiques, des années 1940 jusqu’à nos jours » ; la seconde pointe « quelques moments forts de l’histoire du design et de l’architecture espagnols du début du XXe siècle » ; la troisième, enfin, consiste en « un choix de mobilier d’intérieur et d’extérieur et d’objets du quotidien ».
L’exposition, faut-il s’en réjouir, évoque justement une… « auberge espagnole » dans laquelle on trouverait un peu de tout : du graphisme, des objets et des meubles, des designers, des éditeurs et des fabricants, enfin, des pièces dessinées au début du XXe siècle et d’autres plus actuelles. Bref, les ingrédients d’un possible « panorama » censé conter la genèse de cette création ibérique. Sauf que, de propos, il n’y a point. Le parcours se contente d’aligner les pièces les unes à côté des autres : les objets avec les objets, les meubles avec les meubles, les affiches avec les affiches. Le visiteur y trouvera, certes, quelques « œuvres » emblématiques, tels la lampe Cesta conçue en 1964 par Miguel Milá, le fameux huilier « anti-gouttes » de Rafael Marquina ou le cendrier empilable Copenhague d’André Ricard Sala, mais les cartels précisent bien « édition contemporaine ». C’est le cas d’ailleurs pour la grande majorité des pièces ici exhibées, qui semblent en provenance directe de divers showrooms, tel le magasin Vinçon, à Barcelone. Idem avec le volet dit « historique », lequel est expédié en quatre coups de cuiller à pot et autant de sièges, encore édités, depuis la mythique chaise Barcelona imaginée par l’Allemand Mies van der Rohe en 1929 jusqu’à la chauffeuse en pin et en corde Cadirat de l’Espagnol Josep Torres Clavé, qui meubla le pavillon de la République espagnole à l’Exposition internationale de Paris de 1937.

Pas de « Food Design »

L’exposition se contente d’arpenter un territoire connu, des affiches de films signés Pedro Almodóvar pour suggérer l’« incontournable » movida jusqu’au taureau Osborne, célèbre silhouette de taureau devenue panneau publicitaire et conçue au milieu des années 1950 par le graphiste Manolo Prieto. Les créateurs phares sont logiquement présents, tels Javier Mariscal, Patricia Urquiola, Jaime Hayon, Martín Ruiz de Azúa ou Nacho Carbonell, mais nulle découverte de nouveaux noms ici. Manque à l’appel, par exemple, l’un des plus intéressants designers ibériques actuels : Tomás Alonso, né à Vigo, en 1974. Autre exemple : la recherche singulière sur et autour de la nourriture – appelée communément « Food Design » – que développe, depuis plusieurs années, le Barcelonais Martí Guixé. Elle est totalement absente de la présentation. En revanche, à y regarder de près, le designer, lui, est montré, ou presque. Le texte d’introduction de l’exposition placardé en préambule sur une cimaise est en effet écrit à la main de manière peu délicate, évocation maladroite de cet autre travail, subtil lui, de Martí Guixé lancé à l’aube des années 2000 : l’identité visuelle du chausseur majorquin Camper, dans laquelle il décline sa propre écriture sur les sacs et autres boîtes à chaussures, voire sur les murs des boutiques. N’est pas Guixé qui veut !

Design España

Commissaire de l’exposition : François Guillemeteaud

Scénographie : Paco Pérez Valencia

Architecture muséographique : José Luis Jiménez Sequeiros, Patricia Miguélez Higuera et Gema Rueda Meléndez

jusqu’au 16 septembre, Galerie des beaux-arts, place du Colonel-Raynal, 33000 Bordeaux, tél. 05 56 10 20 56, tlj sauf mardi et jf 11h-18h.

Légende photo

Rafael Marquina, huilier vinaigrier anti-gouttes, 1961, verre, édition Mobles 114. © Photo : Mobles 114.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°395 du 5 juillet 2013, avec le titre suivant : Le design espagnol a le vent en poupe

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