Dimanche 25 février 2018

Architecture

La forme et l’urbain

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 10 novembre 2008

Deux manifestations en région Centre illustrent la gageure de l’exposition d’architecture.

ISSOUDUN, ORLÉANS - L’une est destinée au grand public, l’autre réservée à un public averti. La première, organisée à Issoudun (Indre), au Musée de l’Hospice Saint-Roch, aborde sans complexes l’architecture par le biais de l’esthétique – ce qui pourrait fâcher plus d’un architecte –, en présentant un ensemble de maquettes de projets assez divers, des sculptures habitacles d’André Bloc à la chapelle brutaliste de Flaine (Haute-Savoie) par Marcel Breuer. Sans oublier le célèbre et bien nommé « Palais Bulle » d’Antti Lovag, sur la Côte d’Azur, devenu la propriété de Pierre Cardin. Les projets sont simplement documentés par les reportages photographiques contemporains à la construction, dus au duo Véra Cardot et Pierre Joly. Toutes ces architectures, très différentes dans leur programme et leur écriture, relèvent de formes explicitement sculpturales. Un tel sujet avait déjà été abordé en 2004 dans le cadre d’une exposition organisée à la Fondation Beyeler, à Bâle, intitulée « ArchiSculpture ». Mais là où l’exposition bâloise proposait des rapprochements purement formalistes – et parfois hasardeux – entre icônes de l’architecture et de la sculpture, la présentation d’Issoudun, montée grâce aux prêts du Centre Pompidou et du FRAC (Fonds régional d’art contemporain) Centre, évoque en réalité un mouvement historique, celui de l’« architecture sculpture », porté notamment par André Bloc, fondateur de la revue L’Architecture d’aujourd’hui puis par le critique Michel Ragon. Lancé en réaction au fonctionnalisme déshumanisant de l’après-guerre, ce mouvement a réuni des architectes adeptes de la forme libre, sensibles à la dimension plastique, promoteurs de la synthèse des arts et du décloisonnement des disciplines. Ce sont eux qui ont parfois présenté les maquettes de leurs projets comme des objets autonomes. L’exposition joue donc habilement sur deux niveaux de lecture : elle est attractive pour un public non initié tout en évoquant un pan de l’histoire de l’architecture.
Les choses se compliquent à Orléans (Loiret), avec la 8e édition d’ArchiLab. Placée cette année sous la bannière de l’Europe, la biennale de l’architecture prospective s’attache à illustrer les actions soutenues par l’Union européenne (UE) en matière d’urbanisme et d’architecture. Après une brève introduction historique et cartographique, proposée dans les petits locaux du FRAC, le cœur de l’exposition se déploie dans la collégiale voisine. Pour la première fois, ArchiLab est en effet privée du vaste site des Subsistances, livré pour transformation au cabinet d’architectes Jakob MacFarlane.  Pilotée par Omar Akbar, directeur de la Fondation Bauhaus-Dessau, l’exposition réunit 28 exemples de projets urbains dans 17 pays différents. Avec une question en toile de fond : « l’Europe constitue-t-elle un terrain d’expérimentation pour de nouvelles approches en matière d’urbanisme et d’architecture ? ».

De Riga à Istanbul
Outre les exemples bien connus de Marseille, Bâle ou Londres, la manifestation permet de découvrir des projets lancés aux confins de l’UE, à Riga (Lettonie), Ljubljana (Slovénie), Gdansk (Pologne) ou Istanbul (Turquie). Dans la métropole turque, 500 hectares de friches industrielles doivent être ainsi redessinés par Zaha Hadid, alors que le projet de « Riga Port City », qui doit transformer une ancienne zone portuaire de la capitale lettone en centre culturel et économique de la Baltique, accueillera un sculptural musée d’art contemporain signé Rem Koolhaas. Si le contenu est là, le commissaire a peiné à le transformer en exposition. Desservie par une scénographie brouillonne qui explicite mal les projets et maquettes, celle-ci restera hermétique au non-initié alors qu’elle constitue la trame d’un bon catalogue.

ARCHITECTURE-SCULPTURE. COLLECTIONS DU FRAC CENTRE ET DU CENTRE POMPIDOU
jusqu’au 30 décembre, Musée de l’Hospice Saint-Roch, 36100 Issoudun, www.issoudun.fr, tél. 02 54 21 01 76, du mercredi au vendredi 14h-18h, sam.-dim. 10h-12h, 14h-18h. Catalogue, éd. Hyx, Orléans, 112 p., 25 euros, ISBN 978-2-910385-55-2

ARCHILAB EUROPE 2008 – ARCHITECTURE STRATEGIQUE
jusqu’au 23 décembre, FRAC Centre, 12, rue de La Tour-Neuve et collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, 45000 Orléans, www.archilab.org, tlj sauf lundi, 10h-12h30 et 13h30-18h. Catalogue, éd. Hyx, 183 p., 40 euros, ISBN 978-2-910385-54-5

Architecture-Sculpture
- Commissariat : Sophie Cazé, directrice du Musée de l’Hospice Saint-Roch, Issoudun ; Marie-Ange Brayer, directrice du FRAC Centre, Orléans ; Olivier Cinqualbre, conservateur en chef, Musée national d’art moderne/Centre Pompidou

ArchiLab
- Commissariat : Omar Akbar, directeur de la Fondation Bauhaus-Dessau (Allemagne)
- Direction artistique : Marie-Ange Brayer, directrice du FRAC Centre
- Scénographe : Alexis Bertrand

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°291 du 14 novembre 2008, avec le titre suivant : La forme et l’urbain

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