Rétrospective

Il est libre Max Bill

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 27 août 2007

Le Palazzo Reale, à Milan, revient sur le riche parcours du Suisse, tour à tour peintre, sculpteur, architecte, designer et graphiste.

MILAN n Connaissez-vous le principe du ruban de Möbius ? Il est élémentaire. Prenez, par exemple, une bande de papier de largeur constante et d’une longueur suffisante pour pouvoir, en en joignant les deux extrémités, former une boucle. Faites ensuite pivoter l’une des extrémités sur un axe de 180° et accolez-la à l’autre. La fin de la bande devient le début et le dessus le dessous, et vice versa. Ce thème du « ruban sans fin » ou, plus exactement, de cette « surface à un seul bord et à un seul côté », l’artiste suisse Max Bill (1908-1994) l’a exploré pendant plus de cinquante ans. Il n’en est, pour ainsi dire, jamais venu à bout, et pour cause… Son parcours est d’ailleurs à l’image de ce ruban de Möbius. On pense en effet cerner un travail de peintre, avec un commencement, peut-être un aboutissement, et patatras ! Le travail glisse aussitôt de la peinture vers la sculpture, puis vers l’architecture, le design et le graphisme, ou l’écriture, invariablement et en boucle. Bref, on ne peut cantonner Max Bill dans des limites bien définies, ni dans un domaine en particulier. L’artiste est des plus polymorphes, comme le montre cette vaste rétrospective du Palazzo Reale, à Milan. Au lieu d’une simple chronologie, l’exposition déroule son œuvre en deux cent cinquante pièces et dix thèmes transversaux : « Laboratoire », « Infini », « Concret », « Symétrie », « Variation », « Économie », « Beauté », « Utilité », « Variété » et « Universalité ».
Le sculpteur, outre ses recherches sur le « ruban sans fin », explore d’autres formes, se frotte à moult matériaux : bois, marbre, aluminium nickelé… En témoigne une structure triangulée en acier inoxydable qui se déploie dans l’espace, Construction avec 30 éléments égaux, et un Hexagone dans l’espace avec faces de longueur identique en laiton. Le graphiste et le peintre, eux, s’avèrent profondément influencés par la pensée du Bauhaus. Le premier réalise des affiches – celle pour une exposition de dessins rupestres préhistoriques d’Afrique du Sud et d’art nègre, au Musée des arts appliqués de Zurich, en Suisse, est superbe de simplicité – et des mises en pages de livres, tel le tome III (1934-1938) de l’œuvre complète de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret (Les Éditions d’architecture, Zurich). Le second poursuit la voie ouverte par Paul Klee, Wassily Kandinsky ou Josef Albers, ses « maîtres » lorsqu’il était étudiant à Dessau, en Allemagne. Deux triangles blancs (des yeux ?) et un losange rouge (une bouche ?) sur un fond noir pour dire, peut-être, un visage. Sur cette huile de jeunesse, Jeune Fille coquette (1928), pointe déjà l’abstraction. Suivront, pour Max Bill, les formes géométriques pures, les lignes qui s’entrecroisent, les rythmes complexes et une recherche effrénée sur la couleur. Rythme horizontal vertical diagonal (1942) concentre ainsi toutes ces problématiques. Pour l’artiste, qui est considéré comme l’un des pères de l’Art concret, il y a d’abord un moment « mathématique », puis, plus tard, un moment « logique ».

« Créateur universel »
Après ses études au Bauhaus, entre 1927 et 1929, Max Bill rentre à Zurich, où il s’installe comme architecte. Pour lui, « l’architecture est la mère de tous les arts ». Il enchaîne divers projets, dont on peut voir ici des photographies, des plans ou des maquettes : deux maisons-atelier (les siennes), un pont, un musée et la Hochschule für Gestaltung, école de design allemande fondée à Ulm en 1951. Ce dernier édifice est un véritable manifeste. On y lit la valorisation de la fonctionnalité et de l’économie, tant matérielle que formelle. Il en sera de même pour les créations en « esthétique industrielle » de l’artiste. Ainsi de cette chaise à trois pieds en contreplaqué moulé, de la pendule de cuisine Junghans (avec Ernst Möckel) ou du célèbre « tabouret d’Ulm » : conçu en 1954 avec Hans Gugelot, celui-ci sert à la fois de siège et, une fois renversé, de contenant pour que les étudiants puissent transporter plus facilement leurs livres de salle en salle.
Max Bill est le théoricien de la « gute Form », la « bonne » forme ou, en clair, la forme « juste ». Il ne fait pas de distinguo entre arts et arts appliqués. Il aime les objets. Il nomme d’ailleurs les pièces non industrielles des « objets pour l’usage mental ». Le plus impressionnant dans les divers travaux ici montrés, c’est la qualité qui se dégage de chacun des champs explorés. D’aucuns ont qualifié Max Bill de « créateur universel ». Son œuvre rayonne avant tout d’une liberté totale.

MAX BILL

Jusqu’au 25 juin, Palazzo Reale, 12, piazza Duomo, Milan, tél. 39 02 87 56 72, tlj sauf lundi, 9h30-19h30, www.comune.milano.it/palazzoreale

MAX BILL

- Commissaires de l’exposition : Thomas Buchsteiner et Otto Letze - Nombre de salles : 10 - Nombre de pièces : 250

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°238 du 26 mai 2006, avec le titre suivant : Il est libre Max Bill

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