Concours

D’un zoo l’autre

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 20 juin 2011 - 626 mots

Quatre Français imaginent le parc zoologique de Saint-Pétersbourg tandis que le zoo de Vincennes sera réaménagé via un partenariat public-privé.

Saint-Pétersbourg, Vincennes - Fondée en 1703 par le tsar Pierre le Grand, Saint-Pétersbourg reste la plus grande ville de Russie par sa superficie (1 439 km2) et la deuxième par sa démographie (4,5 millions d’habitants). Créé en 1865, le zoo de Saint-Pétersbourg est le plus ancien parc zoologique de Russie. Mais voilà que sa taille, considérable à l’époque, apparaît aujourd’hui dérisoire. Coincé au cœur du centre historique de la ville, il ne pouvait être agrandi. La municipalité décide donc de le déplacer à la périphérie de la ville, sur un territoire de près de 300 hectares. Un concours international est alors organisé pour concevoir et aménager le nouveau parc zoologique de Primorskiy. Concours remporté haut la main par une équipe française composée des paysagistes de TN Plus (Bruno Tanant et Jean-Christophe Nani) et des architectes Aldric Beckmann et Françoise N’Thépé.  Parcours de biozones Le projet prend en compte tant les impératifs paysagers et architecturaux d’un tel ensemble que des valeurs portant sur le respect de la vie des animaux et le maintien de la biodiversité. Et mêle ainsi, en quelque sorte, l’humanitaire (l’animalier ?), l’environnemental et le durable. Résultat, un paysage à la fois bucolique et tourmenté, un parcours naturaliste au sein duquel les animaux sont représentés non plus encagés mais presque dans leur environnement naturel, au fil d’une variation de « biozones «. Soit un espace artificiellement recréé et source de divertissement certes, mais aussi un outil éducatif pour le plus grand nombre, flanqué d’un centre de recherche et de préservation. L’ouverture du parc zoologique de Primorskiy est prévue pour fin 2014/début 2015.

Pour autant, les choses, comme toujours à Saint-Pétersbourg, ne sont pas simples (on se souvient du projet du théâtre Mariinsky II de Dominique Perrault, gagné puis annulé), et nul ne sait si, sous l’effet conjugué de la bureaucratie, du protectionnisme et de la crise, le projet verra le jour en temps et en heure. Il est vrai que le quartet français composé de TN Plus et Beckmann-N’Thépé n’en est pas à sa première déconvenue en matière de zoos. Lauréats du concours portant sur le parc zoologique (25 hectares) d’Helsinki, en Finlande, leur projet est mis en « stand- by « pour cause de crise financière mondiale. Lauréats également du concours portant sur le réaménagement complet du parc zoologique de Vincennes, dans le Val-de-Marne (14,5 hectares exploités par le Muséum national d’histoire naturelle), leur projet a été purement et simplement annulé pour des raisons financières, l’État ne pouvant assumer seul un tel coût.Entre-temps, un PPP (partenariat public-privé) a été mis en place, emporté par la société Chrysalis, qui, sur les 133 millions du coût global, en investira 103, laissant ainsi seulement 30 millions à la charge de l’État. Chrysalis arrive, naturellement, avec son architecte, en l’occurrence Bernard Tschumi associé à la paysagiste Jacqueline Ory ; le projet doit être inauguré en avril 2014. Fermé depuis 2008, le zoo de Vincennes a vu l’ensemble de sa population animale (1 200 sujets) recasée ici ou là, à l’exception des girafes et du grand Hapalémur [de l’espèce des lémuriens] de Madagascar. Deux éléments essentiels caractérisent ce nouveau projet : la création d’une immense volière (100 x 40 m), sorte de serre tropicale avec les oiseaux en vol libre ; la restauration et la « sublimation « du grand rocher, icône du parc, qui verra s’abaisser à ses pieds une sorte de plaine sahélo-soudanienne. Mais un point de contestation demeure : la disparition des autres rochers. Celle-ci fait monter au créneau des amoureux du zoo de Vincennes, ainsi l’architecte Patrick Bouchain, auquel on doit la transformation du Palais de la porte Dorée en Cité nationale de l’immigration. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°350 du 24 juin 2011, avec le titre suivant : D’un zoo l’autre

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