Bruegel l’intuition de la haute définition

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 18 avril 2016 - 524 mots

Bruxelles - La Chute des anges rebelles de Pieter Bruegel dit l’Ancien fait partie des trésors des Musées royaux des beaux-arts de Belgique, où l’on peut voir la deuxième collection la plus importante au monde du peintre flamand.

En version originale, le tableau aux accents apocalyptiques mesure 117 x 162 cm. Dans la « Bruegel Box », un dispositif immersif développé avec le groupe Engie inauguré le 15 mars dernier, cette peinture sur bois devient la matière d’un film animé en 3D projeté sur trois pans de mur. La vidéo plonge le spectateur au cœur du chef-d’œuvre dont elle détaille les sources d’inspiration ; le regard virevolte d’une trouvaille visuelle à un emprunt stylistique, entre bestiaire exotique et référence culturelle. La séance comporte deux autres films, plus statiques (La Prédication de saint Jean-Baptiste et Les Proverbes), réalisés par l’Institut culturel de Google. De passage à Bruxelles, on peut ainsi profiter virtuellement et en ultra haute résolution de toiles appartenant l’une au Musée des beaux-arts de Budapest, l’autre à la Pinacothèque de Berlin. Partenaire du musée bruxellois depuis 2011, l’Institut culturel de la firme américaine a également permis d’y installer neuf bornes interactives où consulter douze des expositions multimédia consacrées à Bruegel parmi les dix-neuf à découvrir sur la plate-forme internet. Car l’expérience se poursuit en ligne : le projet « Bruegel/Unseen Masterpieces » réunit, grâce à l’accord de huit musées internationaux, douze tableaux de Bruegel – on en recense quarante en tout dans le monde – sur lesquels chacun est libre de zoomer à sa guise depuis l’écran de son ordinateur ou de son smartphone. D’une fluidité totale, l’expérience est le fruit d’une technologie de pointe et de nombreuses heures de travail d’ingénierie pour assembler des milliers d’images. Les amateurs de réalité virtuelle peuvent par ailleurs visionner La Chute des anges rebelles dans une version tournée à 360° – il faut pour cela être muni d’un masque Cardboard. Plus gadget que spectaculaire, l’expérience plaira sans doute au jeune public. Pour autant, le directeur des musées royaux Michel Draguet se défend de toute dérive à la Disneyland ; ce partenariat préfigure plutôt selon lui « le musée de demain » en préservant, tout en le rendant plus accessible, un patrimoine fragile. Équation idéale. Et tandis que l’institution bruxelloise bénéficie gratuitement de ce mécénat de compétences, l’Institut culturel à but non lucratif enrichit sa base de données : six millions d’œuvres numérisées sont aujourd’hui accessibles sur sa plate-forme qui propose des milliers d’expositions. Il suffirait que l’ensemble des musées en possession de toiles de Bruegel adhèrent au projet pour que la grande rétrospective dont rêvait Michel Draguet, et à laquelle il a renoncé pour, dit-il, des raisons de conservation – certainement aussi de coûts d’assurance –, ait lieu sur Internet. Même si, comme en convient volontiers Amit Sood, le directeur de l’Institut culturel de Google « voir l’œuvre en vrai est toujours préférable ». Cependant, les peintures de Bruegel, qui foisonnent de détails parfois invisibles à l’œil nu, se prêtent particulièrement bien au traitement numérique. À croire que le génial Flamand avait l’intuition, il y a plus de quatre siècles, qu’un jour on inventerait le gigapixel.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°690 du 1 mai 2016, avec le titre suivant : Bruegel l’intuition de la haute définition

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