Vendredi 22 novembre 2019

Corps-à-corps avec Arp

Par Céline Garcia-Carré · L'ŒIL

Le 29 août 2017 - 321 mots

SPECTACLE. Qui n'a jamais voulu étreindre la Victoire de Samothrace, valser avec une « nana » de Niki de Saint Phalle ou caresser l’Ours de Pompon ? Les chorégraphes Héla Fattoumi et Éric Lamoureux, directeurs du Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort, explorent une nouvelle dimension dans la quête d’altérité qui fonde leur travail avec la création Oscyl, nom évocateur donné aux sept sculptures-culbuto créées par le plasticien Stéphane Pauvret et inspirées d’Entité ailée (1961) de Jean Arp, avec lesquelles évoluent sept danseurs.

Après avoir vu en 2013 au CAPC de Bordeaux une sculpture-culbuto du plasticien autrichien Markus Schinwald (1973), Éric Lamoureux commande au scénographe et plasticien Stéphane Pauvret un objet, véritable alter ego du danseur. Formé aux Arts décoratifs de Strasbourg, comme le fut Arp, Stéphane Pauvret oriente ses recherches vers Entité ailée qu’il présente aux deux chorégraphes. Fascinés par le biomorphisme des sculptures de Jean Arp, Héla Fattoumi et Éric Lamoureux ont alors envie « de toucher, de caresser ces sculptures qui semblaient vivantes ». Dans Oscyl, ils s’inspirent de l’univers poétique et ludique du sculpteur,de la légèreté sculpturale de ses contours et volumes, transposant dans le mouvement du culbuto l’esthétique du hasard si chère à l’artiste. Réalisée en polystyrène résiné et lestée à sa base, chaque sculpture, qui pèse près de trente kilos, oscille, répond et parfois échappe à l’impulsion physique du danseur, tel le mouvement au service de l’équilibre jusqu’aux limites du déséquilibre qui n’est pas sans faire écho aux affinités spirituelles de Jean Arp avec la peinture de Kandinsky. Comme leurs partenaires humains, les « oscyls » se meuvent entre contrepoids et légèreté, magnifiant la forme aérienne d’Entité ailée. Les corps-à-corps et les jeux d’ombres portées des danseurs et des « oscyls » subliment par instants la confusion des silhouettes humaines et « arpiennes », comme la synergie parfaite d’une altérité entre élan et gravité, transgressant l’injonction si cruelle pour les esthètes sensuels que sont les amateurs de sculpture : « Ne toucher qu’avec les yeux. »

Quoi ?
Oscyl,
d’Héla Fattoumi et Éric Lamoureux
Où ?
Festival mondial des théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières
Quand ?
Les 16 et 17 septembre 2017 (3 représentations sur 2 jours). Le spectacle sera repris le 12 octobre 2017 à Exp-Édition, la biennale de la danse en Lorraine, à Metz, et le 21 novembre 2017 au Festival Instances, à Chalon-sur-Saône
Comment ?

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°704 du 1 septembre 2017, avec le titre suivant : Corps-à-corps avec Arp

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