Profession

Préhistorien

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 23 septembre 2005

Indiana Jones ou gratte-papier ? Les fantasmes sont encore nombreux sur cette profession exigeante, située au carrefour des sciences de la terre, des sciences de la vie et des sciences humaines.

Si le grand public manifeste depuis quelques années un intérêt grandissant pour la préhistoire et la connaissance de l’origine de l’Homme, ceux qui l’écrivent demeurent encore souvent mal connus. Le préhistorien est en effet un homme de l’ombre. Comme l’archéologue, il agit en détective, alternant enquêtes de terrain – sur une durée de deux à trois mois – et étude du matériel collecté. « Après les fouilles, il reste tout à faire pour que ce travail serve », précise Gilles Gaucher, qui fut longtemps chercheur au CNRS. « D’où la nécessité d’avoir une solide formation préalable qui permet de gagner du temps sur le terrain. » Dans une discipline qui couvre un champ de plus de trois millions d’années, l’évolution des connaissances oblige les chercheurs « à être aujourd’hui de plus en plus spécialisés », reconnaît un jeune doctorant, qui déplore que cela induise trop souvent une méconnaissance du reste. Mais le travail collectif, qui mobilise différentes compétences, est généralement de rigueur, la préhistoire requérant une pluridisciplinarité scientifique et méthodologique. Une obligation renforcée par l’apport des nouvelles technologies qui ont bouleversé la discipline depuis une vingtaine d’années. L’éminent préhistorien Henri de Lumley préfère ainsi désormais parler de sciences préhistoriques au pluriel (1), arguant de l’apport des disciplines annexes que sont la paléontologie (étude des êtres vivants), la biochronologie (mise en évidence des successions de faune), l’archéozoologie (étude des ossements animaux) ou encore la palynologie (étude des pollens) pour la datation des sols, problème crucial des recherches préhistoriques. Car si la préhistoire classique s’est longtemps limitée à une étude matérielle des objets découverts en fouilles, elle s’attache aujourd’hui à étudier ce que l’on peut trouver autour, d’où l’importance de la connaissance des milieux, de l’environnement, du climat… Pour Gilles Gaucher, il ne faut toutefois pas se méprendre sur l’importance des sciences naturelles dans la formation du préhistorien. « Certaines recherches actuelles sont en effet extrêmement précises, mais elles sont menées par des gens dont c’est le métier. Notre discipline obéit par contre aux lois des sciences humaines, notamment lors des synthèses. Il ne s’agit pas d’une science expérimentale. »
Les chemins vers le métier ont aussi évolué. Alors qu’il y a vingt ans, beaucoup d’enseignants venaient à la préhistoire par passion, après le choc d’une conférence du préhistorien et ethnologue André Leroi-Gourhan à la Sorbonne, suivre un cursus universitaire complet se révèle désormais indispensable. Formés au terrain dans des chantiers-écoles, les jeunes doctorants pourront ensuite intégrer les laboratoires de recherche du CNRS ou de l’Université. Les carrières se déroulent exclusivement dans la fonction publique, nationale ou territoriale, en qualité d’enseignant, d’ingénieur de recherche ou de conservateur du patrimoine. Aux sceptiques qui s’inquiéteraient des débouchés, les préhistoriens rétorquent que les perspectives sont au contraire immenses face à l’importance des terrains encore vierges de fouilles – pour peu que cette recherche soit financée. Mais avant de s’engager vers ce métier très exigeant, il faudra aussi prendre conscience de la grande faculté d’adaptation qu’il requiert. C’est ce que nous a prouvé encore récemment Jean Clottes, l’un des deux directeurs scientifiques de la grotte Cosquer, condamné à passer un brevet de plongée pour pouvoir accéder à cette grotte sous-marine à un âge ou d’autres coulent une retraite paisible.

(1) in Bulletin de l’Académie des Sciences no 13, automne 2004.
À lire :
Gilles Gaucher, Comment travaillent les préhistoriens et que sait-on de la préhistoire ?, Vuibert, 144 p., 15 euros, à paraître en octobre.
J. Clottes, J. Courtin et L. Vanrell, Cosquer redécouvert, Le Seuil, 256 p., 50 euros.
À noter : Le Musée d’archéologie nationale/château de Saint-Germain-en-Laye organise jusqu’au 29 octobre le Mois de la préhistoire (rencontres avec des chercheurs), parallèlement à l’exposition « Les chefs-d’œuvre préhistoriques du Périgord ».

Formations

Presque toutes les universités françaises proposent désormais une spécialisation en préhistoire, à partir du mastère puis en doctorat, après une licence en histoire de l’art, archéologie, sciences de l’Homme et de la société ou sciences humaines et sociales (voir conditions auprès de chaque université). - Le Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, dispense un enseignement en mastère avec option Préhistoire. Tél. 01 40 79 54 21, www.mnhn.fr - L’École du Louvre, à Paris, délivre un diplôme de 1er cycle avec option Archéologie de l’Europe préhistorique. Il est ensuite possible d’entrer en mastère par équivalence dans certaines universités. Tél. 01 55 35 18 00, www.ecoledulouvre.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°221 du 23 septembre 2005, avec le titre suivant : Préhistorien

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