Artistes français, un soutien inversement proportionnel à la notoriété

Une enquête commanditée par le Comité professionnel des galeries d’art montre que les artistes français à la notoriété établie sont moins bien supportés en France que leurs homologues étrangers par leurs institutions.

Partant du constat maintenant bien partagé d’un déficit de reconnaissance des artistes français à l’étranger, le Comité professionnel des galeries d’art a demandé à l’universitaire et collaboratrice occasionnelle du Journal des Arts Nathalie Moureau (Université Montpellier III) d’étudier la situation des artistes allemands, britanniques et suisses afin d’identifier de possibles différences de traitement avec les artistes français. Nathalie Moureau s’est appuyée sur la base Artfacts.net qui recense les expositions de tous les artistes et sur lequel l’Artindex annuel du Journal des Arts repose également.
Si les multiples tableaux ne montrent pas une situation fortement contrastée d’un pays à l’autre, « il y a un faisceau d’indices qui vont dans la même direction et qui montrent qu’en France les artistes sont moins soutenus, quand ils commencent à acquérir une certaine notoriété », explique la chercheuse. Un indicateur est à cet égard symptomatique : la différence de traitement entre les artistes à la notoriété modérée (classés entre la 1 000 et la 1 500e place) et les artistes à la notoriété confirmée (classés dans les 500 premières places).

Alors que les expositions des artistes à notoriété modérée se tiennent à 63,98 % en France, un taux proche de l’Allemagne, ce taux tombe à 39,48 % pour des artistes à la notoriété élevée, alors qu’il baisse moins en Allemagne. On pourrait objecter que ce taux élevé pour les artistes allemands traduit corrélativement leur faible présence à l’international. Cela serait vrai s’ils étaient peu dans le top 1 500, mais c’est l’inverse qui se produit.

Les artistes allemands choyés

« Un premier modèle est proposé avec l’Allemagne qui affiche une forte préférence pour ses artistes », explique la chercheuse, soulignant que 40 % des collections dans lesquelles sont représentés les artistes allemands sont des collections allemandes. Un taux qui chute à 23 % et 24 % pour les collections britanniques et suisses. Même constat lorsque l’on considère le nombre d’expositions. Alors qu’en France, les artistes français bénéficient de 2,9 expositions par an (en galeries, centres d’art ou musées), ce taux grimpe à 3,9 pour les artistes allemands en Allemagne. L’écart est même plus important encore pour les artistes plus connus : 3,5 en France et 5,6 en Allemagne.

En revanche, les artistes anglais et suisses bénéficient de moins d’expositions dans leur pays. Ceci pourrait s’expliquer par un effet d’aspiration « linguistique », les artistes anglais étant naturellement sollicités par les lieux de diffusion aux États-Unis et les artistes suisses en Allemagne. Un atout dont ne bénéficient pas les Français, pour qui les « marchés » belges ou canadiens ne sont pas de même importance.

En France on entend parfois que les galeries émergentes ou de taille moyenne ne « jouent pas le jeu » et n’exposent pas assez d’artistes français. L’enquête montre l’inverse, en tout cas comparativement aux trois autres pays du panel. Les galeries françaises exposent 32,6 % d’artistes français, un taux supérieur à l’Allemagne (26,6 %) et la Grande-Bretagne (32,1 %). Un chiffre que conforte Georges-Philippe Vallois, le président du Comité des galeries qui pointe le faible soutien des institutions. « Combien y a-t-il d’artistes français vivants reconnus qui font l’objet d’une exposition dans des lieux importants de la capitale au moment de la Fiac ? Très peu », regrette-t-il.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°465 du 14 octobre 2016, avec le titre suivant : Artistes français, un soutien inversement proportionnel à la notoriété

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