Mercredi 16 octobre 2019

Art et entreprise à la recherche d’un point d’accord

Par Thomas Bizien · lejournaldesarts.fr

Le 9 mars 2012 - 609 mots

PARIS [09.03.12] - Le monde de l’entreprise intéresse autant les chercheurs en sciences humaines que les artistes. Pour rendre compte de leurs observations, Art et Restructurations organise deux journées de tables rondes. PAR THOMAS BIZIEN

Exit l’atelier, les artistes contemporains pénètrent la place publique pour mieux la questionner. Si certains tentent par leurs œuvres de rendre compte des implications humaines et symboliques du monde de l’entreprise, d’autres, retournant le procédé, créent l’entreprise où viendra se confondre leurs œuvres. Entretien avec l’artiste Yann Toma, engagé dans le processus d’« entreprise critique » depuis les années 90 et intervenant de la rencontre Art et Restructurations organisée le 9 et 10 mars à la Maison des Métallos à Paris.

JdA.fr : Qu’est ce qu’une « entreprise critique » ?
Yann Toma : L’objet des entreprises critiques est d’atteindre l’autonomisation de l’activité de l’artiste par une maîtrise des critères tant économiques que juridiques. Parce qu’elles proposent un art en résonance avec les phénomènes de l’économie de marché et qu’elles utilisent le modèle de l’entreprise comme matière première de l’art, ces organisations sont souvent désignées, lorsqu’elles appellent certains fondements de la critique artiste, comme « entreprises critiques ». L’originalité de ces entités réside dans le fait qu’elles n’appartiennent pas au monde des affaires. Elles sont portées par des artistes et existent en tant qu’œuvres et entreprises-artistes.

JdA.fr : Quels sont leurs enjeux ?
Y. T. : En créant une entreprise, l’artiste devient juridiquement l’égal des dirigeants du monde, ce qui lui fournit de nouvelles capacités pour rebondir sur le réel. L’entreprise critique permet ainsi à l’artiste de réinvestir le monde, de faire de l’art une force de proposition indépendante.

JdA.fr : En existe-t-il beaucoup ?
Y. T. : Depuis 2006, l’équipe de recherche Sorbonne/CNRS Art & Flux (art, économie & société, www.art-flux.org) que je dirige, observe et inventorie des œuvres/organisations que l’on peut identifier comme firmes ou entreprises artistiques. On peut considérer qu’il en existe à ce jour plusieurs centaines : Ouest-Lumière (France/USA), compagnie de production et de distribution d’énergie artistique dont je suis le président à vie depuis plus de vingt ans ; Acces-Local (Pays-Bas), lieu de production privilégié de Philippe Mairesse ; etoy corporation (Suisse), agence fédérative composée par une collectivité d’agents volontairement anonymes ; Maywa Denki (Japon), entreprise/groupe de musique qui mobilise le son comme structure porteuse, etc.

JdA.fr : Quelles applications concrètes la sphère économique peut elle tirer de ces recherches ?
Y. T. : Tout est une question de relation au monde. Ouest-Lumière m’a entraîné autant à réinvestir intégralement un espace comme la nef du Grand Palais avec Dynamo-Fukushima, œuvre participative monumentale où 18 000 personnes ont pédalé pour envoyer de l’énergie artistique au Japon, générant de ce fait le financement de fruits destinés aux enfants réfugiés de Fukushima, que de réaliser des œuvres déployant la notion d’aura au sein même du processus industriel : c’est le cas de L’Or bleu, une œuvre conceptuelle réalisée aux côtés de Francis Kurkdjian, l’un des plus grands parfumeurs au monde et actionnaire de Ouest-Lumière. Il s’agit, dans ce dernier cas, de considérer la diffusion d’une eau magique à grande échelle, et donc de penser son économie.

Informations pratiques :

Art et Restructurations, deux journées de rencontres organisées le 9 et 10 mars 2012 à la Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e.

Télécharger le programme détaillé (pdf) de la manifestation.

Bibliographie indicative :

- Yann Toma, Monographie (en plusieurs langues), sous la direction de Yann Toma, Préface Édouard Glissant, 10 auteurs, Éditions Jannink, Paris, (ISSN 978-2-916067-28-5), 400 pages, 672 illustrations, 2011.
- Artistes & Entreprises, sous la direction de Yann Toma, Stéphanie Jamet, Laurent Deveze, Art&Flux/ERBA, 2012.
- Les entreprises critiques/Critical companies, bilingue, Cité du design Éditions/CERAP Éditions, 500 p., Saint-Étienne, (ISBN 978-2-912808-14-1), 2008.

Légende photo :

Yann Toma, président à vie de Ouest-Lumière à l'ONU, instance internationale où il siège depuis 5 ans en tant qu'artiste observateur - © Photo : Ouest-Lumière, 2012.

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