Une Mission en ordre de bataille

Le Journal des Arts

Le 14 janvier 2014 - 921 mots

Pour piloter les commémorations de la Grande Guerre, la Mission du Centenaire a misé sur les projets émanant des collectivités locales et des institutions, et sur le numérique.

Créée en avril 2012, la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale n’a eu que peu de temps pour mettre en place une programmation sur tout le territoire. Sur le papier, ce groupement d’intérêt public, placé sous l’autorité du ministre délégué chargé des Anciens Combattants, Kader Arif, a tout d’une usine à gaz : au conseil d’administration siègent les représentants de sept ministères, de six établissements publics, de deux associations nationales et d’une mutuelle privée. L’équipe de la Mission est cependant réduite : une quinzaine de personnes avec, à leur tête un directeur, Joseph Zimet, historien de formation passé par le ministère des Affaires étrangères avant celui de la Défense.

Dotée d’un budget trisannuel estimé à 14 millions d’euros sur la période 2012-2014, auxquels s’ajoutent 5 millions d’euros de mécénat, la Mission a pu développer une programmation pléthorique.

Les commémorations du bicentenaire de la Révolution française de 1989 avaient été l’occasion de célébrations autour de l’idée de citoyenneté et de République. Commémorer la Grande Guerre soulève d’autres problématiques, telles la question des fusillés, la ferveur mémorielle, la brutalité des combats… La Mission s’est donc adossée à un conseil scientifique pluridisciplinaire composé de trente-deux personnalités et chercheurs français et étrangers. Antoine Prost, professeur émérite à l’université de Paris-I, résume ainsi le rôle du conseil qu’il préside : « Il est d’abord de vigilance scientifique. C’est une vigie qui signale les écueils à éviter. Il lui appartient de mettre en garde contre des simplifications abusives, des exagérations […], des erreurs, des oublis, des interprétations contestables. » Les attributions du conseil se déclinent également en production scientifique et éditoriale, organisation de colloques et mise en circulation des informations programmatiques.

Engouement  des collectivités
Tout l’enjeu de l’organisation a été de coordonner les initiatives locales. Dès 2011, Joseph Zimet, dans un rapport (1) remis au président de la République, expliquait que les collectivités territoriales disposaient « d’un temps d’avance sur l’État pour la préparation du Centenaire ». La Mission a creusé son retard en 2012 lorsque le gouvernement a décidé d’inscrire ces commémorations dans un cadre plus large, pour y associer en 2014 le 70e anniversaire du Débarquement, contraignant une mission interministérielle à coordonner deux événements aux enjeux très différents. Mais les collectivités locales, en particulier celles du nord et de l’est de la France, ont déjà mis sur les rails leurs projets de commémorations, portées par un devoir de mémoire et une histoire locale encore vive.

Pour centraliser et coordonner les initiatives, la mission s’est donc appuyée sur des comités départementaux du Centenaire (CDC). Instance de proposition, les CDC ont été les seuls habilités à proposer des projets en vue d’une labellisation « Centenaire ». Ce label permet au projet sélectionné de figurer au programme national officiel du Centenaire et de solliciter un concours financier. Le processus de labellisation a permis à 1 000 projets d’être sélectionnés parmi 1 500 soumis à l’approbation d’un comité aidé du conseil scientifique, un succès qui s’explique par l’engouement des collectivités territoriales et des institutions culturelles.

La Mission a volontairement mis l’accent sur l’année 2014 : étaler les commémorations sur plusieurs années risquait de lasser le public. Le 11 novembre marquera à la fois le 96e anniversaire de la signature de l’armistice de Rethondes, en 1918, et la séquence historique de la Course à la mer [ensemble d’opérations militaires] de l’hiver 1914.

Pour diffuser toutes les informations du programme et de l’actualité de la recherche, la Mission s’est dotée d’un portail Internet (2) d’une richesse inhabituelle. C’est l’autre particularité de la mission, qui a pris la dimension numérique à bras-le-corps. Grâce à des partenariats avec la Bibliothèque nationale de France, l’Institut national de l’audiovisuel et l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, les contenus iconographiques et audiovisuels sont d’une belle qualité et d’une grande diversité : photographies, vidéos et diaporamas évoquent la complexité de la guerre et ses enjeux. L’apport des archives numérisées est à l’honneur, avec la mise en ligne de plusieurs archives départementales commentées.

La « grande collecte »
La Mission est allée plus loin, pilotant la « grande collecte » sous l’égide de la bibliothèque en ligne Europeana (3). Du 9 au 16 novembre 2013, plus de 10 000 particuliers ont confié pour numérisation des dizaines de milliers de documents familiaux relatifs à la Grande Guerre, qui seront disponibles sur le site Europeana. Face au succès rencontré, le projet a été reconduit.
Ce versant numérique soutient l’aspect pédagogique de la mission : à l’invitation du ministère de l’Éducation nationale, des comités académiques du Centenaire ont été créés dans chaque rectorat pour accompagner les commémorations dans les établissements scolaires. À l’échelle de l’académie, les comités soutiennent les projets pédagogiques et proposent une labellisation aux projets les plus ambitieux dans le cadre des programmes scolaires.

Si la programmation pour 2014 est actée, la mission a encore du travail d’ici à 2018 : les batailles de Verdun et de la Somme en 2016, celle du Chemin des Dames en 2017. Les collectivités territoriales seront aux commandes de ces commémorations, avant que l’État ne reprenne la main en 2018 pour fêter l’armistice. D’ores et déjà, le Centenaire a accompli une tâche importante en réhabilitant les fusillés de la Grande Guerre. Suivant les préconisations d’un rapport rendu par le conseil scientifique, le président François Hollande a demandé qu’une place leur soit dorénavant accordée au Musée de l’armée.

(1) « Commémorer la Grande Guerre (2014-2020) propositions pour un centenaire international, rapport au président de la République », de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives
(2) www.centenaire.org
(3) www.europeana1914-1918.eu/fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°405 du 17 janvier 2014, avec le titre suivant : Une Mission en ordre de bataille

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