Dimanche 9 décembre 2018

Ventes publiques

Un marché plus solide

Les chiffres et les analyses de l’année écoulée

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995 - 855 mots

Le chiffre d’affaires de l’Hôtel Drouot a stagné, comme celui de Sotheby’s. Mais celui de Christie’s a progressé.
Le Journal des Arts dresse le bilan des ventes publiques dans le monde en 1994.
Il a également interrogé cinq des principaux commissaires-priseurs français, ainsi que Diana D. Brooks, présidente de Sotheby’s, et Anthony Streatfield, managing director de Christie’s, pour connaître leur analyse des résultats de l’année écoulée et leurs prévisions pour 1995. Dans l’ensemble, les professionnels affichent l’optimisme pour l’année qui vient de commencer.

LONDRES (de notre correspondante) - D’août à décembre 1994, le chiffre d’affaires de Christie’s a augmenté de 10 % en livres sterling (18 % en dollars) par rapport à l’année précédente. Les ventes ont atteint 393 millions de livres (environ 3 340 500 000 francs), le chiffre le plus élevé depuis la saison d’automne 1989, avant l’effondrement du marché fin 1990.

Pour l’ensemble de l’année, avec un chiffre d’affaires global de 818 millions de livres (6 953 000 000 francs), Christie’s enregistre une augmentation de 12 %.

Ces résultats sont dus en grande partie à quelques succès spectaculaires, comme l’Œuf d’hiver de Fabergé, vendu 3 500 000 livres (29 750 000 francs), et un diamant rose parti à 4 700 000 livres (39 950 000 francs), à Genève ; et le Codex Hammer de Léonard de Vinci, acquis par Bill Gates, le patron de Microsoft, pour 30 800 000 dollars (169 400 000 francs), à New York.

Il semblerait que les gros investisseurs désertent les tableaux impressionnistes et modernes pour s’intéresser à de nouveaux secteurs et de nouveaux marchés. Un succès remarquable pour Christie’s a été la vente, à Hong Kong, d’un collier de jadéite ayant naguère appartenu à l’héritière Barbara Hutton, adjugé 2 600 000 livres (22 100 000 francs) en novembre, soit l’un des plus hauts prix jamais atteints par une œuvre d’art en Asie.

La collection d’Alice Tully
Les marchés en progression l’année dernière sont ceux qui ont attiré des acheteurs non-européens : les tableaux du XIXe siècle (avec de nouveaux collectionneurs venus de l’Asie du Sud-Est et d’Amérique du Sud) qui ont fait un bond de 27 % ; les tableaux américains ( 71 %) ; les tableaux latino-américains ( 41 %), un secteur qui avait connu une baisse importante l’année précédente ; les œuvres d’art orientales ( 20 %).

Christie’s espère de bons résultats à New York ce mois-ci, avec la vente des tableaux anciens de la collection d’Alice Tully, pour lesquels la maison a offert sa garantie. En outre, Christie’s aura à cœur de rivaliser avec Sotheby’s, qui va disperser certains tableaux anciens de la New York Historical Society, qui connaît actuellement quelques difficultés financières.

Ces dernières années, Sotheby’s devançait légèrement Christie’s, mais cette avance s’est érodée en 1994. D’août à décembre, les ventes de Sotheby’s ont plafonné à 370 000 000 livres (3 145 000 000 francs), en baisse de 58 000 000 livres (493 000 000 francs) par rapport à la même période en 1993. Le chiffre d’affaires annuel de la maison atteint 862 000 000 livres (7 327 000 000 francs), un montant finalement égal à celui de 1993. Plusieurs secteurs ont connu des progressions significatives : les tableaux anciens ( 67 %), la peinture européenne du XIXe siècle ( 37 %), l’art contemporain ( 19 %) et les tableaux latino-américains ( 125 %).

Les grandes demeures
Parmi les succès notoires, on citera les tableaux anciens du British Rail Pension Fund – dont un paysage de Hobbema, vendu 3 700 000 livres (31 450 000 francs) au Mauritshuis de La Haye –, qui ont totalisé 6 800 000 livres (57 800 000 francs) à Londres, en décembre.
 
Les ventes des grandes demeures ont connu de belles réussites. La dispersion des antiquités de la Principessa Corsini à Florence, a rapporté 2 800 000 livres (23 800 000 francs) à Florence, tandis qu’en Angleterre, la vente du contenu de Stokesay Court dans le Shropshire – agrémentée d’un catalogue qui ressemblait plutôt à un magazine de grand luxe –, a totalisé 4 200 000 livres (35 700 000 francs), le chiffre le plus important dans ce domaine en Grande-Bretagne depuis bien des années.

Globalement, les résultats de Sotheby’s sont bons, sans être spectaculaires. Dans la lutte pour la suprématie entre les deux grandes maisons de ventes, celle-ci désire certainement reprendre l’avantage sur Christie’s. Partout, les perspectives sont encourageantes pour 1995, grâce à l’arrivée sur le marché d’œuvres de plus grande qualité, et à la réapparition d’une clientèle privée de haut niveau.

Les deux autres maisons de ventes publiques de Londres, Phillips et Bonham’s, ont également obtenu de bons résultats. La première vient d’annoncer 91 000 000 livres de ventes (773 500 000 francs), un chiffre d’affaires en hausse de 12 % sur 1993, et la nomination récente de représentants à Madrid, Paris et Munich. Dans le même temps, Bonham’s a amélioré ses ventes de 10 %, avec un chiffre d’affaires de 34 800 000 livres (295 800 000 francs). Son directeur, Christopher Elwes, fait remarquer : "Ces résultats sont extrêmement encourageants, compte tenu du climat actuel. Ils confirment la position de Bonham’s en tête du marché moyen."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : Un marché plus solide

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