RESTITUTIONS

Spoliations nazies : l’opération transparence de l’INHA

Par Catherine Gimonnet · Le Journal des Arts

Le 25 novembre 2020 - 462 mots

À l’issue d’un méticuleux travail, l’Institut national d’histoire de l’art publie une liste de 1 224 ouvrages confisqués par l’occupant et aujourd’hui dans ses collections.
Paris.« On a attendu trop long­temps », déclare Éric de Chassey, directeur de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), alors que vient d’être publiée la liste des documents volés par les nazis actuellement conservés dans les collections de ses bibliothèques. Mais cette attente n’a pas été vaine. Fruit d’un travail de longue haleine particulièrement complexe, en raison du caractère multiple des imprimés, cette liste répertorie 1 224 documents dans les fonds issus de la Bibliothèque d’art et d’archéologie (BAA) et de la Bibliothèque centrale des musées nationaux (BCMN).

Ce travail commencé en 2016 et poursuivi depuis 2018 par l’historien de l’art Stefano Sereno doit beaucoup aux recherches et à l’engagement de Martine Poulain. Cette spécialiste de l’histoire des bibliothèques au XXe siècle, ancienne directrice de la bibliothèque de l’INHA, a traqué les livres partout en France.
Entre 5 et 10 millions de livres spoliés
Mais la tâche est loin d’être terminée. On estime que les nazis se sont emparé de 5 et 10 millions de livres en France. La Commission de récupération artistique a permis d’en restituer près de 2 millions après la guerre. Beaucoup d’ouvrages ont été déposés dans les grandes bibliothèques publiques par les Commissions de Choix entre 1949 et 1953. Soixante-dix ans après, il n’a pas été simple de les retrouver, même en s’appuyant sur les listes conservées aux Archives nationales. Dans les fonds de l’INHA, ce sont parfois des ex-libris ayant échappé à la destruction des nazis qui ont permis d’identifier des ouvrages confisqués, comme ceux de Marc Bloch, ou des familles Sternheim, Hirsh et Nákó.

Ce travail a aussi été mené en collaboration avec la Mission de recherche et de restitution des biens spoliés, que dirige David Zivie au sein du ministère de la Culture, afin d’harmoniser le signalement des ouvrages soustraits dans les différents catalogues. Si les recherches peuvent être considérées comme achevées, le directeur de l’INHA a toutefois souligné « que toute personne découvrant un ouvrage susceptible d’avoir été spolié était invitée à le signaler ».

Reste l’épineuse question d’éventuelles restitutions. En effet, si certains des ouvrages accaparés par les nazis ont bien été désignés comme des « récupérations », à l’instar des Musées nationaux récupération (MNR) dans les musées nationaux, d’autres ont été achetés ou donnés et sont de ce fait inaliénables. Une subtilité juridique qui n’inquiète pas Éric de Chassey, pour lequel « il est très important de pouvoir faire droit aux demandes qui seront reçues ». Dans cette entreprise de mémoire des spoliations, l’INHA poursuit par ailleurs un programme international de recherche sur les acteurs du marché de l’art en France sous l’Occupation. Il devrait aboutir à la mise en ligne d’une base de données.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°556 du 27 novembre 2020, avec le titre suivant : Spoliations nazies : l’opération transparence de l’INHA

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