Dimanche 20 janvier 2019

Rio se paye un Guggenheim

Le Journal des Arts

Le 21 mars 2003 - 666 mots

La Fondation Guggenheim et la mairie de Rio de Janeiro doivent signer un accord visant à la construction d’un musée dans la baie de Guanabara. Estimé entre 200 et 300 millions de dollars, le bâtiment conçu par Jean Nouvel sera payé par la municipalité, tout comme la franchise de 25 millions de dollars permettant de bénéficier des collections de la fondation américaine. Localement, le projet est décrié.

NEW YORK - Dans le quartier de Praça Mauá, à moitié immergé dans la baie de Guanabara et avec vue sur le pain de sucre, le Guggenheim Rio sera la première antenne de la Fondation dans l’hémisphère sud. Selon Ricardo Macieira, le secrétaire à la culture de la Ville, le contrat devrait être signé avant la fin du mois de mars à New York. La construction, menée par Jean Nouvel, devrait commencer cet été et s’achever en 2006. D’une surface totale de 42 000 m2, le bâtiment  abritera en plus du musée un centre de convention, un hôtel, un centre commercial et des restaurants. Le coût total de l’opération est estimé entre 200 et 300 millions de dollars  et sera financé par la municipalité, qui recherche des partenaires privés. Le coût de fonctionnement n’est pas encore budgétisé. Dans la situation économique actuelle, il est difficile de comprendre comment un tel chantier peut voir le jour. Mais si, dans son principe, le nouveau musée se rapproche de ses aînés, il ne coûtera rien à la Fondation, au contraire. Ricardo Macieira nous a déclaré que la municipalité allait dépenser 25 millions de dollars pour obtenir la marque du Guggenheim et “bénéficier de son patrimoine pour les cinquante années à venir”. Soit l’accès à la totalité des collections de la Fondation et l’intégration dans le circuit des expositions itinérantes. Les prêts devront être considérables, le futur musée n’ayant pour l’heure aucun patrimoine.
Le maire a évoqué l’idée d’acquérir des collections d’art indigène, et Ricardo Macieira pense que “beaucoup d’importants collectionneurs de Rio prêteront leurs œuvres en échange de leur exposition et conservation”. Mais avant même son officialisation, le projet a essuyé de sévères critiques. Les architectes brésiliens n’apprécient pas le choix de Jean Nouvel, offensés par des honoraires qui seraient de l’ordre de 11 millions de dollars (10,2 millions d’euros), loin de tout ce que les ténors locaux peuvent espérer. Mais le bâtiment est une pièce maîtresse du projet. Immergées, ces salles d’expositions profiteront de la lumière du jour par une structure en verre, tandis qu’une tourelle de 50 mètres de haut, surmontée d’un restaurant, offrira un point de vue imprenable sur la baie. Une partie du bâtiment accueillera une forêt tropicale et une cascade. Le détail vaut quelques moqueries et des personnalités publiques ont exprimé par lettre leur doutes sur le projet, rappelant la situation financière difficile de la Fondation Guggenheim et les déficits à venir. “Comparé aux autres besoins de Rio en matière sociale et d’équipement, et malgré le tourisme, le musée ne correspond pas à une priorité”, estiment-ils. Sur le seul plan culturel, le Musée d’art moderne (MAM) de Rio est déjà situé au bord de la baie de Guanabara. Dessiné en 1954 par Affonso Eduardo Reidy, il est un symbole de la modernité brésilienne et bénéficie d’une des plus belles collections d’art du XXe siècle du pays. Son président, le collectionneur Gilberto Chateaubriand, et sa directrice, Maria Regina, sont étonnés du choix de la municipalité qui subvient déjà difficilement aux travaux d’urgence du musée. De nombreuses voix dans la communauté culturelle indiquent que la seule franchise du Guggenheim permettrait de rénover tous les musées existants de la ville. Pour le maire, la construction sera une source d’emplois et de revenus. Elle permettra de reconvertir la zone portuaire et devrait établir Rio comme la plaque tournante de la culture en Amérique latine. Pour le Guggenheim, les retombées sont évidentes et permettent à Thomas Krens de redorer le blason de sa politique d’expansion. Seules, la stabilité du projet et la qualité de sa programmation culturelle pourront dire s’il a raison.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°167 du 21 mars 2003, avec le titre suivant : Rio se paye un Guggenheim

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