Vendredi 18 octobre 2019

Prix Altadis, les lauréats de 2002

L'ŒIL

Le 1 avril 2003 - 755 mots

Depuis l’an 2000, le mécénat Altadis choisit d’accompagner chaque année six artistes travaillant en France ou en Espagne, en leur permettant de présenter leurs travaux dans les meilleures conditions et en aquérant l’une de leurs œuvres pour sa collection. Le principe du prix est simple : un jury sélectionne
les six lauréats parmi une trentaine d’artistes proposée par deux conseillers artistiques,un Français et un Espagnol.
Les travaux des lauréats font ensuite l’objet d’une exposition itinérante, dans les deux pays, et de courtes monographies réunies en coffret et publiées par Actes Sud.

Pour sa troisième édition, le jury du « Prix Altadis arts plastiques » a sélectionné, pour la France, Ryuta Amae, Olivier Leroi et Bruno Serralongue ; et pour l’Espagne, Pilar Albarracín, Jon Mikel Euba et Adrià Julià.
La galerie Anne de Villepoix présente les travaux des lauréats à Paris du 25 mars au 19 avril. L’étape madrilène de l’exposition se tiendra du 26 juin au 26 juillet à la galerie Soledad de Lorenzo.

Pilar Albarracín. Les travaux de Pilar Albarracin s’ancrent dans la performance. Ses mises en scène, qu’elle incarne souvent, interrogent, dans une perspective féministe mais toujours avec ironie, les clichés et les drames de la subordination sexuelle, sociale et identitaire. Danseuses de flamenco, toreros, femme à la cuisine ou attachée sur la galerie d’une voiture, ses personnages renvoient à des clichés castrateurs et veulent agir à la façon d’une catharsis, libérant ces « corps pathétiques » des rituels cruels qui les enferment.

Ryuta Amae manipule les images numériques. Il fait, somme toute, de la peinture en photographie.
Ses images faussement paisibles visent à créer des sortes d’archétypes, des images exemplaires, des « souvenirs virtuels ». Elles présentent des non-lieux en suspens, où, devant les demeures vides, des tanks abandonnés, des résidus d’une culture laborieuse et d’un monde de loisir, suggèrent le cataclysme passé, l’effacement de toute présence humaine – ce que semblent confirmer ses architectures-paysages, ruines ou éden luxuriant, vaguement menaçants, parés des charmes vénéneux du Technicolor.

Jon Mikel Euba s’interroge sur l’identité individuelle et collective et sur la violence sous-jacente qui règne au Pays basque, dont il est originaire. Reconstitutions pseudo-documentaires, fuite d’obscurs terroristes, voitures accidentées, conciliabules mystérieux… les fictions-actions représentées, toujours saisies dans l’instantané d’un mouvement, jouent sur l’ambiguïté réel/fiction. Les titres des œuvres redoublent ce questionnement sur des images qui sont avant tout, pour reprendre la formule de Jean Cocteau à propos de ses propres films, « un document réel sur une histoire irréelle ».

Adrià Julià. Les frontières entre le document et la fiction tendent à se brouiller dans l’œuvre d’Adrià Julià, adepte des courts-circuits provoqués par l’introduction, dans l’univers aseptisé et codifié du monde des businessmen, d’éléments incongrus et perturbateurs (un cow-boy vert par exemple). Clôture, séparation, reflets, instaurent dans ses fictions une mise à distance qui génère, derrière la froideur apparente des images, un sentiment de malaise et d’inquiétude.

Olivier Leroi. Manipulateur malicieux de signes, Olivier Leroi résiste à toute classification. Son rapport « enchanté et euphorique au monde », son imaginaire débridé, le conduisent à intégrer nuages, vrais et faux arbres, matériaux divers évoquant une certaine « ruralité » dans une œuvre poétique et ouverte, productrice d’images universelles. Ainsi de ce photogramme Première neige au pays Dogon, extrait d’un bref film de format super 8 où les fleurs de coton tombent en neige subtropicale sur des enfants devenus des figures mythiques.

Bruno Serralongue. Ni chasseur de scoop, ni documentariste de l’intimité, Bruno Serralongue pratique un « photo-reportage qui a les traits d’une pratique de vérité ». Présent mais discret, qu’il se rende au Chiapas en 1996, à Hong-Kong en 1997, ou à Las Vegas, son point de vue n’est pas celui du prédateur, mais celui, présent et discret, d’un « enquêteur paradoxal » qui nous propose de « voir le monde tel quel, sans focalisation ni cadrage calculé du visible », comme l’explique Paul Ardenne).

Le jury du Prix Altadis arts plastiques 2002

Coprésidé par Jean-Dominique Comolli et Pablo Isla, présidents du groupe Altadis, le jury 2002 réunissait Alberto Anaut (PhotoEspaña), Christian Caujolle (Agence Vu), Jean-Luc Chalumeau (revue Verso), Maria Corral (fondation La Caixa), Henry Claude Cousseau (École nationale supérieure des beaux-arts de Paris), Charles Henri Filippi (HSBC), Marin Karmitz (MK2 Diffusion), Jean de Loisy (commissaire d’exposition), Soledad Lorenzo (galerie Soledad Lorenzo), Alicia MurrÁ­a (critique d’art, commissaire d’exposition), Mariano Navarro (critique d’art), Alvaro Rodriguez Argüelles (collectionneur), Anne de Villepoix (galerie Anne de Villepoix), José Maria Viñuelas (collection de la Banco de España). Les conseillers artistiques du Prix Altadis 2002 étaient Paul Ardenne et Antonio Á?lvarez Reyes.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°546 du 1 avril 2003, avec le titre suivant : Prix Altadis, les lauréats de 2002

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