Pillages : l’Icom publie une liste rouge

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 14 avril 2000 - 692 mots

Pour lutter contre le trafic des pièces archéologiques et d’art primitif, dont le produit annuel est évalué à 1 milliard de dollars, le Conseil international des musées (Icom) vient de publier une Liste rouge portant principalement sur les antiquités africaines.

LONDRES (de notre correspondant) - Un rapport publié le 16 mars par la Museums & Galleries Commission (MGC) invite les musées détenteurs de pièces pouvant faire l’objet d’une demande de restitution à “réfléchir à l’attitude qu’ils adopteraient dans ce cas”, et à mettre d’ores et déjà en place une politique et des procédures. Ces propositions ont été soutenues par le secrétaire général du Conseil international des musées (Icom), Manus Brinkman, qui a rappelé que dans les années soixante-dix, le Musée national d’ethnologie de Leyde, aux Pays-Bas, avait restitué à l’Indonésie le Trésor de Lombok, des bijoux pillés par les soldats hollandais au XIXe siècle, et qu’au début des années quatre-vingt-dix, le Musée national d’ethnologie de Stockholm avait rendu un mât totémique à une communauté d’Indiens d’Amérique du Nord. Manus Brinkman a également évoqué la procédure mise en œuvre il y a deux ans, lorsque l’État français a participé à la création du Centre culturel Tjibaou de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie : la France prête des objets provenant du Pacifique Sud et appartenant aujourd’hui à des musées français ; ces prêts peuvent durer jusqu’à dix ans, au terme desquels les objets seront remplacés. “Cela coûtera beaucoup d’argent, mais c’est un bon exemple de ce qui peut être fait”, a-t-il expliqué.

L’Icom vient de traiter une affaire portant sur 315 œufs “d’oiseaux éléphants”, des volatiles hauts de trois mètres qui vivaient dans ce qui est aujourd’hui la République malgache et dont la race s’est éteinte il y a 2,5 millions d’années. Ces œufs fossilisés ont été saisis l’an dernier au Havre par les douanes françaises ;  la plupart étaient endommagés, mais ceux en bon état de conservation (moins de dix) pourraient valoir plus de 100 000 dollars. Le ministère malgache de la Culture a fait savoir que le pays ne disposait pas des fonds nécessaires pour le rapatriement, la conservation et l’exposition des œufs, mais il semblerait qu’un accord ait finalement été conclu avec l’Icom pour leur retour à Madagascar.

Si les musées britanniques rejettent habituellement les demandes de restitution, le rapport de la MGC mentionne quelques exemples d’objets retournés à leur pays d’origine au cours des trois dernières années, notamment huit têtes tatouées maori conservées dans la collection d’anatomie de l’université d’Édimbourg (rendues au Musée de Nouvelle-Zélande), un collier et un bracelet aborigènes du Royal Albert Museum d’Exeter (retournés au Tasmanian Aboriginal Centre), et la tunique de danse Lakota des Musées de Glasgow (rétrocédée à l’association américaine des survivants de la bataille de  Wounded Knee). Mais ces restitutions sont le fait de musées régionaux, les musées nationaux britanniques n’ayant pas le droit de céder leurs œuvres (lire page 11). Le directeur du Musée d’histoire naturelle a lui aussi approuvé ces nouvelles lignes directrices. Neil Chalmers s’exprimait au nom du tout nouveau Comité consultatif des musées sur les questions de restitution créé par la Conférence des directeurs de musées nationaux, l’Association des musées et la MGC. Il a souligné la nécessité d’une politique souple face aux demandes en restitutions, des prêts à long terme pouvant constituer une des réponses à ces questions. Un récent sondage du magazine The Economist peut fournir un nouveau sujet de réflexion  : 66 % des députés britanniques seraient favorables à la restitution à la Grèce des frises du Parthénon, à laquelle le ministre turc des Affaires étrangères se déclare “prêt à contribuer” !

La Liste rouge

Musées, collectionneurs et marchands sont appelés à refuser les pièces suivantes :
- terres cuites Nok du plateau des Bauchi, et des régions de Katsina et Sokoto (Nigeria) ; du Komaland (nord du Ghana) et de la Côte-d’Ivoire
- terres cuites et bronzes d’Ife (Nigeria) ; Sao (Cameroun, Tchad et Nigeria)
- terres cuites, bronzes et poterie de la vallée du Niger (Mali)
- statues en pierre Esie (Nigeria) ; du nord du Burkina Faso et des régions voisines
- statuettes en terre cuite, bronzes, poteries et statues en pierre Bura (Niger et Burkina Faso)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°103 du 14 avril 2000, avec le titre suivant : Pillages : l’Icom publie une liste rouge

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