Philippe Gineste : Il y a une appétence pour l’économie

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 28 mars 2019 - 675 mots

Quelle est la mission de Citéco, la Cité de l’économie qui ouvre ses portes à Paris en juin ?

PHILIP GINESTE (*) -  Citéco, dont la création a été voulue par la Banque de France comme un geste éducatif et culturel, donnera au public des clés pour mieux se mettre en perspective dans les concepts de l’économie. L’économie est omniprésente, on la retrouve par exemple du matin au soir dans les médias. Mais ce sont des débats qui sont souvent considérés comme élitistes et rébarbatifs, et sur lesquels le public n’a pas prise. Ici, on n’essaie pas de donner une opinion mais de montrer l’économie telle qu’elle se pratique et, surtout, on propose au public de se faire lui-même son contenu par son interaction avec l’exposition permanente. Ainsi, il n’y a pas de parcours obligatoire mais vous pouvez picorer dans différents blocs thématiques, et votre savoir se construit donc par rapport au parcours que vous avez vous-même décidé. Or, lorsque l’on est acteur, l’imprégnation dans le cerveau est beaucoup plus forte que quand on est passif. Le positionnement et le propos de Citéco sont inédits mais sa philosophie de transmission s’inscrit dans la tradition de la culture scientifique, puisque les expositions sont constituées de dispositifs interactifs où il faut manipuler et jouer. Il faut se mettre soi-même en interaction avec un savoir comme vous le feriez, par exemple, à la Cité des sciences. Nous nous inscrivons clairement dans la dynamique du jeu pour atteindre nos objectifs culturels et éducatifs.

Quels sont les sujets abordés, et que verra concrètement le visiteur ?

Le parcours permanent de 2 400 m2 se compose de six blocs thématiques portant sur les échanges, les acteurs économiques, les marchés, les instabilités, les régulations et la salle des trésors qui est un espace un peu à part. Contrairement aux autres pôles, qui sont pour l’essentiel composés de procédés multimédias et de contenus interactifs, cet espace présente en effet des objets. Le bloc « trésors », qui se trouve dans l’ancienne salle des coffres, raconte l’histoire des moyens d’échange, des proto-monnaies, comme les coquillages et les pierres sculptées, à nos jours. Les visiteurs y découvriront, par exemple, une belle collection de billets et trois presses, une presse à billets prêtée par la Banque de France, une presse à assignats provenant de la Monnaie de Paris et une presse à pièces prêtée par le Cnam. Dans ce pôle, on pourra aussi voir des pièces remarquables issues de la Bibliothèque nationale de France qui est un de nos grands prêteurs, avec quarante-deux objets de très haute qualité, comme l’écu d’or de saint Louis ou le dinar au calife.

L’actualité récente a souligné la grande méconnaissance de l’économie, voire une certaine défiance. Pensez-vous qu’un lieu avec ce positionnement singulier attire le public ?

C’est vrai qu’il y a une méconnaissance, mais je pense qu’il y a tout de même une appétence pour ce sujet. Nous visons 130 000 visiteurs par an environ, dont 30 000 scolaires. Les études de public ont montré que nous pourrions même attirer beaucoup plus de visiteurs, mais nous restons modestes car les études se basent sur beaucoup d’hypothèses – il n’y a pas de lieu équivalent en Europe. Nous pensons que le monument historique dans lequel nous sommes installés jouera aussi sur notre attractivité ; nous estimons qu’au moins 30 % du public sera aussi, voire d’abord, attiré par le lieu.

53 millions 

C’est le budget du chantier de Citéco. Une somme qui comprend la rénovation et la restauration de l’hôtel Gaillard ainsi que son aménagement muséographique.


Citéco

Premier musée en Europe dédié à l’économie, il présente des objets et des dispositifs dans un hôtel particulier néo-Renaissance devenu succursale de la Banque de France en 1923.


« Comment transcrire dans des salles d’exposition les concepts d’une matière à la fois aride et sujette à débats ? C’était le défi. Plutôt réussi selon ce que l’on a pu entrevoir lors d’une visite de chantier. » Anne-Sophie Bellaiche, L’Usine nouvelle, 03/03/2019.

ERRATUM

(*) Une coquille s'est glissée dans l'édition papier, il s'agit bien de Philippe Gineste et non de Philippe Geneste.

Directeur de Citéco,
Philippe Gineste
est historien de formation. Il a dirigé plusieurs établissements de culture scientifique dont le Vaisseau à Strasbourg

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°722 du 1 avril 2019, avec le titre suivant : Philippe Geneste : Il y a une appétence pour l’économie

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