Samedi 24 février 2018

Musées

Mariage officiel

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 8 juin 2010

Le décret ministériel signifiant le rattachement du Musée de l’Orangerie au Musée d’Orsay a été signé le 26 mai.

PARIS - Sur chaque rive de la Seine, les équipes se tenaient prêtes depuis le 1er janvier. Le décret ministériel n’a, lui, été signé que le 26 mai. L’Orangerie, musée dit services à compétences nationales, est désormais officiellement rattaché à l’Établissement public du Musée d’Orsay.Décidé en avril 2008, ce rapprochement s’inscrit dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) et consiste en l’élargissement de l’établissement public, désormais désigné « du Musée d’Orsay et du Musée de l’Orangerie ». Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, indiquait que cette fusion entre les deux musées allait « permettre d’améliorer leur gestion ». L’Orangerie n’aurait-elle pas pu accéder seule au statut d’établissement public, comme c’est le cas pour le Musée Picasso à Paris ? Si le musée, créé en 1927, accueille plus de 500 000 visiteurs par an – l’une des conditions pour acquérir ce statut –, la fusion avec Orsay se révèle bien moins coûteuse qu’une transformation administrative complète, laquelle aurait impliqué la création de services qui font aujourd’hui défaut à l’institution abritant les Nymphéas de Claude Monet. Concrètement, cette union administrative et budgétaire est censée bénéficier aux deux musées de manière différente. Dans les grandes lignes, si chaque lieu conservera son identité et sa chronologie propres, l’Orangerie profitera des moyens d’Orsay, tandis qu’Orsay jouira de la collection de l’Orangerie.

Car, pour Orsay, parfois gêné aux entournures dans le cadre chronologique qui lui est imposé (1840-1914), cette fusion est l’occasion de voir son spectre d’activité s’étendre jusqu’aux années 1930. Outre les Nymphéas, l’Orangerie abrite les 140 tableaux de la collection d’art moderne Walter-Guillaume, autant d’œuvres disponibles au prêt à l’extérieur. Après l’exposition inaugurale « Paul Klee » (jusqu’au 19 juillet), qui a scellé la coopération entre les deux musées, viendront « Heinrich Kuhn » à l’automne, la première rétrospective française sur Gino Severini en mars 2011, le duo Frida Kahlo et Diego Rivera à l’automne 2011, et « Debussy et les arts » en mars 2012. Le président de l’établissement public, Guy Cogeval, espère, avec cette programmation ambitieuse, « tirer vers l’avant le Musée de l’Orangerie ». Les deux expositions programmées chaque année bénéficieront directement de la puissance de négociation d’Orsay : « Jamais l’Orangerie n’aurait obtenu le Train blindé en action (1915) de Gino Severini du MoMA [Museum of Modern Art à New York] ! ». La collection d’Orsay sera également au service de l’Orangerie, car Guy Cogeval entend « supprimer les fantômes », ces cartels en noir et blanc se substituant aux œuvres prêtées, en les remplaçant, par exemple, par des œuvres d’Orsay. Par ailleurs, les espaces d’Orsay sont mis à disposition des opérations de mécénat de l’Orangerie, qui pourra ainsi espérer dépasser les quelque 120 000 euros récoltés depuis le début de l’année.

Un budget stable
Pour mener à bien cette opération de phagocytose, le ministère de la Culture, l’établissement public et la Réunion des musées nationaux (RMN) ont effectué un décroisement budgétaire basé sur une logique de neutralité. L’Orangerie conservera désormais les recettes autrefois perçues par la RMN (billetterie, visites conférences…). En revanche, la subvention ministérielle touchée par l’Orangerie et une partie de la subvention d’Orsay seront redirigées pour dédommager la RMN. Concernant les acquisitions, la logique voudrait que seules soient convoitées les œuvres en relation à Jean Walter et Paul Guillaume, ce pour ne pas entrer en compétition avec le Musée national d’art moderne. De 20 %, la proportion des recettes d’Orsay consacrées aux acquisitions passe à 16 %, auxquels s’ajoutent les 16 % des recettes de l’Orangerie – en 2009, l’Orangerie a engrangé 3,8 millions d’euros en recettes commerciales, contre 17,2 millions pour Orsay. Le budget se révèle ainsi stable et bénéficiera surtout à Orsay.

Pour les visiteurs, ce rapprochement se concrétise en premier lieu par un billet d’entrée unique. Outre la mise en place de visites-conférences reliant les deux lieux, Guy Cogeval compte aussi développer la programmation à l’auditorium de l’Orangerie. Alors qu’il en était le directeur de 1993 à 2007, Pierre Georgel, qui nourrissait de grandes ambitions pour l’Orangerie, s’était battu bec et ongles contre ce rattachement. Ce que Guy Cogeval peut comprendre « si l’on était en 1998. Mais aujourd’hui, il faut savoir s’adapter à un monde qui bouge très vite ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°327 du 11 juin 2010, avec le titre suivant : Mariage officiel

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