Paris

Maîtres d’art français à la japonaise

Une mesure de conservation du patrimoine vivant

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1994

La nomination des vingt premiers Maîtres d’art par Jacques Toubon a pour but de distinguer les meilleurs professionnels des métiers d’art, choisis par leurs pairs pour l’excellence de leur savoir-faire. Une initiative directement inspirée des \"trésors nationaux vivants\" japonais.

PARIS - Juste retour des choses, alors que c’est la confrontation avec l’Occident qui fit prendre conscience aux Japonais de la nécessité de défendre leurs arts traditionnels en nommant certains détenteurs de savoir-faire séculaires "trésors nationaux vivants" (voir le JdA n° 6, septembre), c’est au tour de la France d’institutionnaliser l’artisanat d’art, exercé par des "gens de métiers", en conférant aux meilleurs le titre honorifique de Maître d’art. Sous réserve que chacun d’entre eux transmette ses techniques à un apprenti qui soit capable de perpétuer son "tour de main".

La sélection des vingt premiers lauréats a été effectuée par les quarante membres du Conseil des métiers d’art – un organisme consultatif créé par le ministère de la Culture en mars 1994 –, à partir du recensement, établi par ses soins, des métiers à sauvegarder.

Ce conseil des "sages", composé de professionnels placés sous la présidence du luthier Étienne Vatelot, se veut une chambre d’écho des métiers d’art, et se propose de promouvoir ce secteur d’activité, qui concerne 200 000 personnes en France. Si la nomination des Maîtres d’art vise avant tout à préserver des savoir-faire de qualité menacés de disparition, elle devrait également favoriser la reconnaissance et la valorisation de ces métiers d’art, souvent méconnus du grand public, où la création et l’esthétique jouent un rôle essentiel : restaurateurs de meubles anciens, facteurs d’instruments de musique, paruriers de haute couture, graveurs, fondeurs, verriers, laqueurs, doreurs, tisserands, relieurs...

Comme les "TNV", les Maîtres d’art bénéficieront d’une aide financière : une dotation de 100 000 francs leur sera versée par l’intermédiaire d’une entreprise d’accueil, qui pourra être, le cas échéant, la leur. Mais contrairement au système japonais, ou cette dotation est versée annuellement, et à vie, directement au "TNV", la formule retenue par la France prévoit une formation d’une durée d’un an, renouvelable au cas par cas deux fois au maximum.

Au-delà de la maîtrise d’un savoir-faire unique, c’est le souci pédagogique de sa transmission – exprimé, ou pas, dans un questionnaire envoyé aux deux cents présélectionnés - qui fut déterminant dans le choix définitif des vingt premiers maîtres d’art, officiellement nommés le 18 novembre dernier par Jacques Toubon, ministre de la Culture et de la Francophonie : dix-huit hommes, âgés de 35 ans – l’archetier Stéphane Thomachot – à 85 ans – le céramiste Pierre Fouquet – et seulement deux femmes, l’éventailliste Anne Hoguet et la dentellière Mylène Salvador.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°9 du 1 décembre 1994, avec le titre suivant : Maîtres d’art français à la japonaise

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