Mardi 10 décembre 2019

L’irrésistible ascension d’un style

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 12 octobre 2001 - 575 mots

Depuis deux ans, la cote du mobilier des années 1950 connaît une vertigineuse progression. En tête, Jean Royère, Jean Prouvé et Charlotte Perriand. D’autres créateurs comme Mathieu Matégot sont encore très abordables.

Le mobilier des années 1950 est à la mode. Il a fait une entrée très remarquée l’an passé à la Biennale internationale des antiquaires, le “saint des saints” du marché de l’art parisien. Sur le stand de la galerie Jousse-Seguin voisinaient des meubles de Jean Prouvé, Jean Royère et Charlotte Perriand dont une table s’est vendue environ 200 000 francs, plus du double du prix atteint il y a une dizaine d’années. Une bibliothèque créée en 1952 par Perriand pour la Maison du Mexique à Paris se négocie aujourd’hui plus de 200 000 francs, contre 50 000 francs il y a six ans. Jean Prouvé fait l’objet d’un culte tout aussi fervent. Sa cote qui a enregistré une lente progression dans les années 1980 a explosé dans les années 1990. Ses chaises standard pourvues de pieds en tube d’acier, d’un dossier et d’une assise en chêne massif, cédées moins de 1 000 francs dans les années 1980, atteignent aujourd’hui 10 000 à 15 000 francs. Ses armoires en chêne et tôle d’acier, qui partaient à 20 000 francs il y a deux ou trois ans, sont cédées 70 000 francs de nos jours et parfois beaucoup plus. Un de ses fauteuils Visiteur a été adjugé 180 000 francs en 1999, un autre s’est envolé à près de 250 000 francs il y a quelques mois. Le record pour le créateur est actuellement détenu par une paire de fauteuils Kangourou parti à 1 million de francs à Nancy en mars dernier. Jean Royère a connu une ascension tout aussi rapide. Ses meubles gais et ludiques – fauteuil Éléphanteau, canapé Ours polaire, lampe Liane – connaissent un succès croissant auprès des collectionneurs. Sa cote a plus que quadruplé en six ans. Une table basse en fer forgé qui partait à 25 000 ans en 1994 dépassait l’an passé les 100 000 francs. La progression est encore plus surprenante si l’on remonte plus loin dans le temps. Un canapé Ours polaire qui partait difficilement à 5 000 francs en 1975 franchit aujourd’hui sans complexe la barre des 300 000 francs. L’un d’entre eux a même été adjugé 945 000 francs le 24 juin à Boulogne alors qu’une table basse modèle Flaque a atteint 530 000 francs dans cette même vente. “Le prix de sa table basse dont les pieds sont réunis par une sphère patinée or a doublé en l’espace de deux ans, passant de 150 000 à plus de 300 000 francs”, souligne l’antiquaire Jean-Louis Danant.

Même succès pour Serge Mouille, un des plus grands designers français, dont les luminaires se négocient aujourd’hui souvent plus de 300 000 francs. Des prix largement dépassés par les productions très rares du sculpteur Alexandre Noll – tables, lots de chaises – qui peuvent aisément atteindre le million de francs. Si ces quelques créateurs ont connu une ascension vertigineuse, d’autres comme Mathieu Matégot demeurent très abordables. Une chaise Copacabana à bâti et piétement en tubes de métal laqué noir se négocie autour de 20 000 francs. Un canapé Papillon, en métal et rotin tressé s’est vendu 13 500 francs et une table roulante en métal ondulé perforé et verre, 4 000 francs, tous deux en avril dernier chez Me Cornette de Saint Cyr. Un créateur à suivre de près.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°134 du 12 octobre 2001, avec le titre suivant : L’irrésistible ascension d’un style

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