Les promesses de la nouvelle Fiac

Elle s’installe Porte de Versailles tandis qu’Art Paris se créée au Carrousel du Louvre

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 10 septembre 1999 - 1302 mots

Nouvelles dates, nouveaux lieux : la Fiac 99 s’annonce résolument sous le signe de la nouveauté. La Foire internationale d’art contemporain de Paris doit réunir, du 15 au 20 septembre, 180 galeries de 25 pays dans le tout récent Pavillon du Parc de Paris Expo, porte de Versailles. L’Amérique latine est invitée d’honneur avec 30 galeries. Dans le même temps, “Art Paris�? lance sa première édition au Carrousel du Louvre, et le Salon d’art tribal se tient à l’Hôtel Dassault. Un Vernissage consacré à l’art contemporain et aux arts primitifs qui, loin de s’ignorer, sont souvent convoités par les mêmes collectionneurs.

Faisant son deuil du Grand Palais – fermé pour restauration pendant quelques années encore – et du centre de Paris, la Fiac semble repartir cette année avec beaucoup d’entrain en inaugurant un nouveau lieu et de nouvelles dates. Certes, le Pavillon du Parc de la porte de Versailles, au sud de la capitale, est loin des principaux hauts lieux artistiques, mais il permet à la manifestation de disposer de plus de 3 000 m2 supplémentaires par rapport à l’Espace Eiffel-Branly. Le hall est fonctionnel – dans la lignée des espaces qui accueillent les foires de Cologne, de Bâle ou de Madrid –, et c’est après tout le principal. Quant aux dates, avancées de trois semaines par rapport à l’an dernier, elles sont tributaires de la disponibilité du Pavillon du Parc. La proximité de la Fiac avec la jeune foire berlinoise “Art Forum”, du 30 septembre au 8 octobre, n’est sans doute pas idéale et explique peut-être quelques défections de galeries étrangères (lire nos articles sur “Art Forum, pages 30-31).

Souhaitant poursuivre sa politique de mise à l’honneur des marchands étrangers, la foire accueille cette année l’Amérique latine, avec des galeries d’Argentine (Ruth Benzacar, Diana Lowenstein-Fine Art), du Brésil (Jean Boghici, Brito Cimino, Thomas Cohn, Valu Oria, Luisa Strina...), du Chili (Tomas Andreu, Isabelle Aninat, Marlborough), de Colombie (Carlos Alberto Gonzalez, El Museo), de Cuba (La Acacia), du Mexique (Arte Actual Mexicano, Ramis Barquet, BF 15, Enrique Guerero), du Pérou (Lucia de la Puente, Forum), de Porto Rico (Michelle Marxuach) et du Venezuela (Felix, Minotauro). Certains marchands en profitent pour exposer des créateurs originaires de ce continent, à l’exemple de Thessa Herold ou de Baudoin Lebon qui présente la jeune vénézuélienne Ana-Patricia Palacios. Y participeront également huit marchands américains (contre neuf en 1998) et dix galeries britanniques (contre cinq en 1998). La galerie Helly Nahmad, ouverte à Londres en 1998 et déjà présente à la dernière foire de Bâle, participera pour la première fois à la Fiac. Elle devrait être l’une des attractions du salon, avec des œuvres de Arp, Braque, Chagall, Ernst, Kandinsky, Matisse, Picasso, Rouault, Tanguy, d’autant que des marchands comme Marlborough (Londres-New York) ou Krugier, Ditesheim & Cie (Genève) ont renoncé à Paris cette année. La présence suisse est d’ailleurs en net retrait par rapport à 1998, alors que les galeries belges restent toujours aussi fidèles au rendez-vous français.

Quelques-unes de ces galeries sont présentes dans le secteur “Perspectives”, réservé à la création la plus contemporaine et soutenu financièrement par la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Ces vingt-quatre exposants ont été sélectionnés cette année sur des projets spécifiques, une heureuse initiative. Ainsi Art : Concept (Paris) présente “le Ridicule”, avec Biefer/Zgraggen, Michel Blazy, Richard Fauguet, Emmanuelle Mafille... ; The Box (Turin) décline la “Vanitas”, avec Ryuji Miyamoto, Mona Hatoum, Balleti e Mercandelli ; Éric Dupont a choisi la “Couleur”, avec Carlos Kusnir, Damien Cabanes... ; Alain Gutharc propose “Dialogues de l’intime” (Joël Bartoloméo, Marika Bührman, Antoinette Ohannessian), tandis que la Galerie Cent8 organise une exposition des photographies de Boris Mikhailov.

La Fiac comprend d’ailleurs cette année un secteur réservé à des galeries spécialisées dans ce type d’expression. Ainsi, la Zelda Cheatle Gallery (Londres) expose les images de John Davies et Graham Smith ; sa compatriote Hamilton’s celles de Garry Fabian-Miller et  Horst P Horst ; Photo & Co (Turin) présente Vik Muniz ; Françoise Paviot Alloucherie, les Blume, Brassaï, Doisneau... Les New-Yorkais Throckmorton Fine Art et Zabriskie exposent respectivement Henri Cartier-Bresson et Paul Strand ; et Claude Cahun, Duchamp, Man Ray et Henri Michaux. Un autre espace spécialisé est créé cette année et réservé aux éditeurs d’estampes originales, qui, comme les galeries de photographie, étaient auparavant cantonnés au Saga, la Fiac n’étant plus de fait uniquement réservée aux sacro-saintes “pièces uniques”. Franck Bordas, qui est le consultant pour la sélection de ces exposants, présente Brown, Dubuffet, Alechinsky. Des créations de ce dernier sont également exposées sur les stands de l’Atelier Clot, Bramsen & Georges, des éditions Dutrou et de Catherine Putman SDOPM. Enfin, la revue Parkett (Zurich) proposera un ensemble de ses multiples.

Comme à Cologne et à Bâle, la Fiac se met à l’heure de la sculpture. Un espace de 1 500 m2 est réservé aux créations en trois dimensions, où se côtoieront Arman (Beaubourg), Philippe Favier (Guy Bärtschi et Yvon Lambert), Pablo Reinoso (Ruth Benzacar et Yvonamor Palix), Chillida (Lelong), Richard Serra (Durand-Dessert), Dietman (Papillon-Fiat)... Un “quotidien de la Fiac” rendra compte des événements, et les visiteurs pourront consulter des projets en ligne dans un Cyber Espace. Un moment envisagée, l’exposition que devait organiser un Fonds régional d’art contemporain a finalement été annulée.

Au même moment, un nouveau salon voit le jour au Carrousel du Louvre. Du 17 au 20 septembre, soixante-cinq galeries, dont une quinzaine étrangères – mais aucune américaine ni britannique –, se donnent rendez-vous pour “Art Paris”, qui pourrait réserver quelques bonnes surprises. Farideh Cadot exposera des pièces de Markus Raetz et de Sam Taylor Wood ; Kahn (Strasbourg) des œuvres de Bissière et Bosser ; Maeght proposera des Miró ; Mathieu (Lyon) des pièces de Morellet ; la galerie Mennour des Helmut Newton et Jan Saudek. Protée présentera des peintures d’Eugène Leroy ; Smagghe des François Dufrêne ; Zéro L’infini des œuvres d’Aurélie Nemours et Didier Marcel ; et la galerie Suzanne Tarasiève des Pincemin, Baselitz, Lüpertz et Kirkeby. Si la création d’une autre foire d’art contemporain à Paris a souvent été évoquée, ces projets répondaient d’ordinaire à une volonté d’organiser un salon d’un plus haut niveau international que la Fiac. “Art Paris” se situe dans une toute autre perspective, que l’on pourrait qualifier de “proximité” puisqu’elle entend se démarquer d’une vision mondialiste du marché de l’art. La manifestation souhaite aussi “donner une image respectueuse du métier et de l’artiste”. Tout un programme.

Le JdA vous convie au Café des Arts

La Fiac accueille cette année un “Café des Arts�?, lieu de rencontres et d’échanges. En partenariat avec le département des Affaires internationales du ministère de la Culture et de la Communication, et en liaison avec ses partenaires éditoriaux étrangers, le Journal des Arts organise trois débats auxquels il vous convie : - le mercredi 15 septembre, de 17h30 à 19h30 : La scène artistique en Amérique latine, avec José Ignacio Rocca (directeur des Arts visuels à la Bibliothèque Luis Angel Arango, Bogota), Oswaldo Sanchez (directeur du Musée Carillo Gill, Mexico), Raquel Arnaud (galeriste, São Paulo), Yvonamor Palix (galeriste, Mexico - Paris). - le vendredi 17 septembre,de 17h30 à 19h30 : “What is good art, what is bad art ?�?, avec Didier Ottinger (Musée national d’art moderne, Paris) Andrew Brigthon (Tate Gallery), Francesco Poli (Faculté des Sciences de la communication Turin, Académie de Brera, Milan). - le samedi 18 septembre, de 17h30 à 19h30 : “L’État et les artistes�?, avec Marjorie Allthorpe-Guyton (Director of Visual Arts, Arts Council of England), Guy Amsellem (délégué aux Arts plastiques, ministère de la Culture et de la Communication), Gilbert Brownstone (galeriste). Les débat sont dirigés par Anna Somers Cocks, The Art Newspaper ou Emmanuel Fessy, Le Journal des Arts. De son côté, notre confrère Beaux-Arts Magazine propose des rencontres autour d’un artiste, une discussion sur l’enseignement artistique et sur le thème “La culture, le 5e pouvoir ?�?.

Des expositions personnelles

Un certain nombre de galeries ont choisi cette année de proposer à la Fiac des expositions personnelles. La Galeria de Arte Tomas Andreu (Santiago) exposera Gonzalo Cienfuegos ; la galerie Ariel (Paris) Michel Gemignani ; Louis Carré & Cie (Paris) Pol Bury ; Claude Bernard (Paris) Leonardo Cremonini ; Willy D’Huysser (Bruxelles) Panamarenko ; la GalerÁ­a Forum (Lima) Alberto Guzman ; la galerie Gan (Tokyo) Tokihiro Sato ; Jeanne Bucher (Paris) Paul Rebeyrol ; Fred Lanzenberg (Bruxelles) Nicolas Alquin ; Marwan Hoss (Paris) des œuvres de Geneviève Asse des années quatre-vingt-dix ; Franco Masoero Edizioni d’Arte (Turin) Carol Rama ; la galerie Montenay-Giroux (Paris) Jean-Pierre Pincemin ; Roger Pailhas (Marseille) l’Atelier Van Lieshout ; Pièce Unique (Paris) Pat Steir ; Sollertis (Toulouse) Alain Josseau ; la galerie Le Sous-sol (Paris) Erwin Driessens & Maria Verstappen ; Chez Valentin (Paris) Nicolas Moulin ; Aline Vidal (Paris) Philippe De Gobert, tandis que la galerie Zürcher (Paris) changera chaque jour l’accrochage de son stand, qui accueillera successivement Wang Keping, Michel Huelin, Gwen Rouvillois et Philippe Heurteau.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°88 du 10 septembre 1999, avec le titre suivant : Les promesses de la nouvelle Fiac

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