Lundi 10 décembre 2018

Les embarras de la France

Un trésor national à 120 millions d’euros

Par Carole Blumenfeld · Le Journal des Arts

Le 22 novembre 2016 - 403 mots

C’est une affaire dont la France se serait bien passée. Les conservateurs ont tous en tête l’affaire de La Diseuse de bonne aventure de Georges de La Tour (New York, The Metropolitan Museum of Art) qui avait pris des dimensions de scandale national en 1960. André Malraux, alors ministre d’État chargé des Affaires culturelles, fut obligé d’expliquer devant l’Assemblée nationale les raisons pour lesquelles son ministère permit sa sortie de France.

Une expertise coûteuse
Restent aujourd’hui 22 mois sur les 30 prévus par la loi. Il est certain que la journée d’étude à huis clos prévue par la Brera fin janvier-début février sera un jalon important. Depuis quelques mois, le département des peintures du Musée du Louvre récolte discrètement les avis de divers chercheurs, mais aucune confrontation n’est pour le moment envisagée. Celle-ci serait coûteuse étant donné les valeurs d’assurance et suivant les différentes hypothèses de datation retenues, il faudrait envoyer le tableau de Toulouse à Rome bien sûr (la comparaison avec la Judith et Holopherne du Palazzo Barberini semble capitale) ; à Rouen (La Flagellation du Christ fut assurément peinte par Caravage à Naples) ; et probablement aussi à Madrid, comme l’a suggéré à Milan l’un des spécialistes de la peinture caravagesque, qui évoque une datation antérieure au tableau Barberini (la Sainte Catherine d’Alexandrie du Musée Thyssen-Bornemisza est d’ailleurs un exemple rare d’une figure féminine qui regarde frontalement le spectateur avec un contraste semblable entre un fond noir et des carnations très claires).

Si un consensus était éventuellement trouvé et si la France se décidait à acheter l’œuvre, resterait la question financière. Le prix de 120 millions d’euros pourrait sans doute être négocié en fonction du degré d’adhésion des spécialistes et les mesures d’incitations fiscales prévues par la loi de 2002 seraient utilisées pour favoriser le mécénat (90 % de réduction de l’impôt sur les sociétés). En cas de différends sur le prix avec les propriétaires, le refus de certificat pourrait être renouvelé. Rappelons que depuis la création de la commission consultative des trésors nationaux en 1993, la France n’a jamais laissé partir une œuvre absolument capitale classée « trésor national ».

Tout ceci reste à l’état d’hypothèses et seules les confrontations permettront de résoudre les questions d’attribution. Pierre Rosenberg l’a rappelé au Journal des arts : « Je ne me prononcerai que lorsqu’une confrontation sérieuse aura été faite. » La balle est dans le camp du service des musées de France.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°468 du 25 novembre 2016, avec le titre suivant : Les embarras de la France

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