L’Empire Gupta, essence de l'art indien

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · L'ŒIL

Le 31 juillet 2007

Parce qu’il est le plus récent et le plus visible dans l’Inde d’aujourd’hui, l’art aimable de l’Empire moghol (XVIe et XVIIe siècles) tend à passer sous silence l’art préislamique. C’est oublier les différentes dynasties qui se sont succédé auparavant, notamment celle des Gupta qui s’affirme au début du IVe siècle avant de céder la place aux envahisseurs Huns au cours du vie siècle. L’art des Gupta est un moment clef de l’Inde classique. Les sculptures forment l’essentiel des témoignages que le temps a épargnés. Une exposition rare qu’il ne faut absolument pas manquer.

Les amateurs de chromos bollywoodiens ou de miniatures mogholes risquent d’être surpris. Car c’est une Inde plus sobre, plus spirituelle, extrêmement intériorisée que va dévoiler l’exposition du Grand Palais consacrée à l’Empire gupta. Sous le règne de ces souverains originaires du nord de l’Inde, les arts devaient atteindre, du IVe au VIe siècle de notre ère, un raffinement et une perfection inégalés.

On sait pourtant peu de chose sur cette époque, en l’absence d’une épopée du monde gupta. Seules quelques inscriptions lapidaires et le témoignage précieux de Faxian, pèlerin chinois qui parcourut l’empire pendant les premières années du Ve siècle, renseignent l’historien sur les conditions propices à l’éclosion de ce qu’il faut bien qualifier d’âge d’or. Un jeu d’alliances diplomatiques et matrimoniales, de nombreuses conquêtes militaires (notamment dans les parties orientales du Bihar, mais aussi vers le nord-ouest, jusqu’en Bactriane), sans oublier un vaste réseau de voies d’échanges assurent l’assise et le rayonnement de la dynastie.

Mais au-delà de ces signes de force et de prospérité, le règne des empereurs gupta s’illustre aussi par une extraordinaire politique de tolérance religieuse, un œcuménisme serein, comme le reflètent, avec un égal bonheur, statues de Bouddha, de divinités jaïnes et hindoues…

Une première en Europe !
C’est donc à une véritable parenthèse de spiritualité et de grâce que nous convie l’exposition du Grand Palais, exceptionnelle à bien des égards. Il faut, en effet, remonter à 1978 pour avoir en mémoire une manifestation exclusivement consacrée à l’art des Gupta : l’exposition eut lieu à New York… Quelque trente ans plus tard, c’est à la France qu’il incombe de relever ce défi.

Grâce à l’appui bienveillant de M.C. Joshi – un grand scientifique indien, hélas récemment décédé –, Amina Okada et Thierry Zéphir ont réussi l’exploit de faire venir du subcontinent quelque cent vingt sculptures en pierre et en bronze, ainsi qu’un savoureux ensemble de terres cuites qui illustrent, de façon magistrale, la genèse, la maturité, mais aussi le rayonnement de l’art gupta.

S’ouvrant sur une magnifique section de monnaies en or, l’exposition présente ensuite ces deux grands centres de création que furent, au Ve siècle, Mathurâ et Sârnâth. Sous le ciseau anonyme des sculpteurs gupta (si l’on excepte le cas d’un certain Dinna), naissent des effigies bouddhiques, jaïnes et brahmaniques frémissantes d’intériorité. Comme si chaque artiste avait souhaité transcender le réel pour mieux atteindre l’idéal, toucher la perfection…

Moins éthérées, les terres cuites nous entraînent, quant à elles, vers les joies plus « terrestres » de la vie profane, même si leur répertoire emprunte aussi bien à la mythologie qu’à la veine théâtrale. L’époque gupta ne fut-elle pas aussi l’âge d’or des théoriciens du plaisir et des poètes, dont Kâlidâsâ, observateur subtil des émois féminins ?

Repères

Ie millénaire av. J.-C.
Naissance de la civilisation de l’Indus. Début de l’histoire indienne.

Ve av. J.-C.
Naissance du bouddhisme.

IVe av. J.-C.
Avènement de la dynastie Maurya.

IIIe av. J.-C.
L’empereur Asoka (Maurya) favorise l’expansion du bouddhisme en Inde.

IVe-VIe apr. J.-C.
Empire gupta.

VIe-Xe
Calukya, Pallava et Cola se succèdent en Inde du Sud (Dekkan).

Xe-XIVe
Invasions répétées du nord de l’Inde par les Arabes musulmans et les Turcs.

XVIe-XVIIIe
Période de l’Inde moghole. Le Shah Jahan (ou Shâh Jahân) fait construire le Taj Mahal pour sa défunte épouse.

XIXe
La Grande-Bretagne domine presque tous les territoires de l’Inde actuelle.

1947
Après des années de lutte pacifique, l’Inde obtient son indépendance.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°590 du 1 avril 2007, avec le titre suivant : L’Empire Gupta, essence de l'art indien

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