Le XXe en force

Avec 18 galeries sur 84 exposants, la section moderne et contemporain est la mieux représentée.

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 3 septembre 2014 - 1099 mots

La Biennale a le même profil que Maastricht. Elle est beaucoup plus petite, mais elle permet de rencontrer des collectionneurs particulièrement réceptifs qui ne sont pas les mêmes que ceux rencontrés à la Fiac ou à Bâle.

Ce sont des passionnés d’art, ouverts et curieux, prêts à se laisser séduire aussi bien par un objet d’archéologie qu’un objet du XIXe siècle, un Kandinsky ou un Fontana », confie Michele Casamonti de la galerie Tornabuoni. La pièce maîtresse de ce spécialiste de l’art d’après-guerre italien sera un Lucio Fontana de 1965, un Concetto Spaziale qui vient d’être exposé dans la rétrospective que lui a consacré le Musée d’art moderne de la ville de Paris. « Cette toile est rarissime car elle conjugue deux cycles, celui des fentes et celui des Teatrini (…) Le 1er juillet 2014, chez Christie’s [Londres], vient d’être vendu à près de 10 millions de dollars un tableau quasi jumeau du mien », souligne le galeriste. Fontana « était un artiste européen jusqu’en 2004. Depuis il a commencé à être vraiment recherché par les Américains. »

L’art contemporaind’après-guerre
La percée de l’art d’après-guerre à la Biennale des antiquaires ne date que d’une dizaine d’années. « Nous sommes les premiers à avoir présenté de l’art des années 1950 », souligne Franck Prazan, grand défenseur de la nouvelle école de Paris, « c’était en 2004, pour notre première participation à la Biennale ». « Aujourd’hui, le marché de l’art d’après-guerre est un marché solide, mais très dichotomique. Soit vous avez en main des œuvres qui répondent à tous les critères de qualité requis (des critères esthétiques, un état de conservation parfait) et dans ce cas c’est un marché de l’offre et les prix sont plus fermes que jamais, soit vous ne réunissez pas ces conditions et le marché est totalement atone. » Mise en réserve depuis deux ans, c’est une nature morte de Staël de 1953 qui constituera cette année l’œuvre phare du stand Applicat-Prazan. « Elle est restée en main privée très longtemps. C’est la première fois qu’elle sera montrée sur le marché. On a construit progressivement autour de ce tableau un ensemble à la même hauteur d’exigence avec notamment un très important Fautrier », précise le galeriste. « La Biennale n’est pas vraiment une foire sur laquelle je vais pour le commerce. C’est plus une foire de contact, de promotion », confie Dominique Levy venue de New York.

Elle propose « un salon en hommage à l’après-guerre », scénographié par Peter Marino. « Un Paris-New York, avec des œuvres américaines du mouvement pop et des œuvres réalisées au même moment par des européennes comme Klein, Soulages, De Staël. » L’œuvre phare, une sérigraphie tardive de Marilyn signée Warhol, est proche des 20 millions d’euros. Une sérigraphie de Jackie Kennedy par le pape du pop est aussi présentée par la galerie Boulakia. Bien qu’en progression, les prix des artistes européens sont encore loin derrière ceux des Américains. Sur le stand de la galerie Berès, notons des toiles des années 1968-1971 de Hantaï qui a bénéficié d’une rétrospective au Centre Pompidou et dont le marché se porte aussi très bien ; ses grands formats se vendent entre 280 000 et 350 000 euros. Quelques-uns font une incursion dans le très contemporain, à l’instar de Thomas Bompard, nouvel entrant qui vient d’ouvrir la galerie Gradiva et s’est associé pour l’occasion avec le marchand Waring Hopkins. Si leur stand présente des pièces d’avant-gardes d’exception comme un petit bijou de Miró de 1930 ayant appartenu à Florence Loeb, il est dominé par une sensationnelle Spider II de Louise Bourgeois de 1995, valeur sûre du marché.

Cubisme : un public de connaisseurs
De belles découvertes sont aussi à faire chez les spécialistes du début XXe, malgré la raréfaction des pièces de qualité en circulation. On pourra admirer sur le stand de la galerie du Minotaure une gouache de Kupka de 1912 qui n’a jamais été montrée sur le marché. Estimée à 100 000 euros, elle fait partie des premières œuvres abstraites du XXe siècle. Ou encore une œuvre cubo-futuriste de 1913 de Marie Vassilieff probablement montrée dans l’exposition « 0.10 » de 1915-1916 et passée entre les mains du docteur Germain. « C’est un marché où il n’y a pas eu de grandes spéculations. En revanche, il y a un vrai public de connaisseurs », note Benoît Sapiro qui remarque l’émergence depuis cinq ans de collectionneurs sud-américains, très cultivés et intéressés par les avant-gardes. Un phénomène que rencontre également la galerie Zlotowski qui consacre son stand à des dessins de Pierre Jeanneret (dit plus tard Le Corbusier) et Amédée Ozenfant durant leur période puriste (1918-1930). De retour à la Biennale, Jacques de la Béraudière (Suisse) présente quant à lui une Transparence de Picabia autour de 2,2-2,3 millions d’euros. « J’ai deux musées américains importants qui n’ont pas d’œuvre de cette période et qui sont donc intéressés par ce tableau », précise-t-il. Ne pas rater non plus un tableau cubiste d’Alberto Magnelli de 1914 estimé à 600-700 000 euros à la galerie de la Présidence, qui a appartenu à la collection Lefebvre-Foinet ; ou encore les fauves mis à l’honneur par la galerie Fleury dans une fourchette de prix allant de 150 000 à 800 000 euros. Sans oublier sur le stand de la galerie Taménaga, un portrait d’Arletty par Kees Van Dongen de 1929, que l’artiste garda dans son atelier avant que sa fille ne le récupère et qui est estimé à 2 millions d’euros.

Sculptures animalières
Côté sculpture, les animaux sont de sortie. Les inclassables sculptures-mobilier des Lalanne sont à l’honneur à la galerie Mitterand, qui a choisi cette année l’exotisme et la jungle comme fil directeur. Le marché de ces artistes consacrés internationalement a connu récemment des moments forts comme la vente Pierre Bergé-Yves Saint Laurent et la rétrospective du Musée arts décoratifs. Le Rhinocéros de 1980 présenté est estimé à 220 000-250 000 euros. « François-Xavier Lalanne a réalisé différents modèles de Rhinocéros tout au long de sa carrière, mais ce Rhinocéros mécanique, il n’en existe que trois ou quatre exemplaires. Celui-ci est longtemps resté dans une collection privée aux États-Unis et nous l’avons racheté avec l’objectif de le montrer à la Biennale », explique le directeur Christophe Langlitz. Les Lalanne se retrouvent également chez Xavier Eeckhout avec une Pomme de Ben de 2007, à côté d’un perdreau de François Pompon à 75 000 euros. Très à la mode, ce sculpteur animalier précurseur d’une certaine modernité est aussi représenté par la galerie Malaquais, qui propose l’épreuve 1 de l’Ours blanc, jusque-là aux mains de la famille, et l’Univers du bronze avec un Pélican.

Les articles du dossier : La Biennale des antiquaires et ses satellites

  • La Biennale marque la rentrée des foires ></a></li>	
    <li>Une Biennale malmenée <a href=></a></li>
    <li>Une fenêtre sur la rareté <a href=></a></li>
    <li>Le prestige au secours du mobilier ancien <a href=></a></li>
    <li>L’éclat de la peinture ancienne <a href=></a></li>
    <li>Les joyaux de la Biennale <a href=></a></li>
    <li>Un XXe très Art déco <a href=></a></li>	
	<li>Un parcours céramique plus étendu <a href=></a></li>	
	<li>Un nouveau salon <a href=></a></li>	
	<li>La multiplication des « off » <a href=></a></li>	
	<li>Les arts tribaux au sommet <a href=></a></li>	
</ul>
</div></p></div></body></html>

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°418 du 5 septembre 2014, avec le titre suivant : Le XXe en force

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque