Dimanche 17 novembre 2019

Inauguration - Le MuCEM se met en quatre

Le MuCEM dévoile ses expositions

Pour son ouverture, le nouveau musée marseillais présente une programmation généreuse où cependant l’exposition permanente a moins d’éclat que les autres propositions.

Le Journal des Arts

Le 18 juin 2013 - 749 mots

Servis par une architecture et un site remarquables, le nouveau J4 et le Fort Saint-Jean réhabilité qui forment tous deux le MuCEM ambitionnent de montrer toutes les facettes, sociologiques, historiques ou artistiques des deux rives de la Méditerranée. Alors que le parcours semi permanent manque de consistance et de parti pris, les expositions temporaires sont de haute tenue.

MARSEILLE - Pour Bruno Suzzarelli, président du nouveau musée, « L’objet du Mucem est d’interroger en permanence l’idée de Méditerranée ».  À déambuler entre les deux sites qui forment aujourd’hui le MuCEM, le J4 de Rudy Ricciotti et le Fort Saint-Jean magnifiquement réhabilité, force est de constater que les équipes scientifiques n’ont rien voulu laisser de côté, ni les anciennes collections du Musée des arts et traditions populaires, ni les nouveaux axes de réflexions amenés par la perspective méditerranéenne. Quatre expositions sur le site du musée proposent des regards différents et passionnants sur la Méditerranée, regard historique, artistique, ludique ou d’actualité.
Au J4, celle de la Galerie de la Méditerranée est sans doute la plus perfectible. Autour de quatre thématiques – « Naissance de l’agriculture, invention des dieux », « Jérusalem, une ville trois fois sainte », « Citoyenneté et droits de l’Homme » et « Au-delà du monde connu » – et conçu pour être renouvelé tous les trois à cinq ans, l’accrochage, non sans générosité et de nombreux prêts, révèle des faiblesses face à l’enjeu du propos, notamment lorsqu’est abordé le thème des trois religions monothéistes à travers la ville de Jérusalem. Les œuvres y semblent juxtaposées, sans parti pris ni discours. Malgré la qualité des objets présentés, l’aplanissement des enjeux historiques et politiques est criant : « Toucher aux thématiques religieuses est extrêmement délicat, on a eu le sentiment de n’être pas outillé scientifiquement », explique Bruno Suzzarelli qui promet une exposition sur la représentation du divin à l’horizon 2015. Le projet scientifique de la Galerie, repensée dès 2010, a sans doute été hâté par l’urgence de l’ouverture pour l’année capitale de Marseille : certains cartels gagneront à être repensés pour éclairer les œuvres et leur portée. L’autre accrochage semi-permanent du MuCEM est au Fort Saint-Jean. Intitulé « Le temps des loisirs », il fait la part belle aux collections des arts et traditions populaires, avec une scénographie audacieuse que n’aurait pas reniée George-Henri Rivière. Ludique et labyrinthique, l’enchaînement des salles au Fort Saint-Jean est très agréable.

Expositions temporaires engagées
Les premières expositions temporaires de l’institution sont de vraies réussites. « Le Noir et le Bleu, Un rêve méditerranéen » présenté au J4 prend appui sur le bleu de Miro (Bleu II, 1961, Centre Pompidou) et le noir de Goya (Les Caprices, 1806-1807, Castres) pour conduire une réflexion chronologique sur les relations entre les deux rives de la Méditerranée, du XVIIIe siècle à nos jours. Histoire, art, littérature et politique s’entremêlent et proposent plusieurs niveaux de lecture, des conquêtes napoléoniennes vues des deux côtés, jusqu’aux récentes révolutions arabes. Le parcours, clair et lisible, met en avant les œuvres d’art prêtées au musée pour l’occasion : les regards de Picasso, Courbet, Maillol, Cartier-Bresson viennent ponctuer un accrochage très studieux. Le catalogue publie de petits essais confiés à des spécialistes sous forme d’abécédaire, dont l’écrivain Camille de Toledo signe une très belle préface. Toujours au J4, la deuxième exposition temporaire « Au bazar du genre », fortement ancrée dans l’actualité, s’attaque avec une certaine hardiesse aux clichés et idées reçues sur le féminisme, l’orientation sexuelle et les pratiques sociales. Sous forme de collecte-enquête, l’ingénieuse scénographie mélange témoignages sociologiques et art. Le sommeil de Courbet (1866, Petit Palais) surgit entre une photographie de Nan Goldin et des badges d’Act up collectés lors de manifestations récentes. « Nous avons choisi un propos sociétal fort et engagé », souligne le président, qui souhaite impulser à l’institution une forte mission citoyenne. Avec ses expositions inaugurales, le MuCEM espère montrer une Méditerranée en constante évolution, une idée qui s’invente au jour le jour, sur les traces du passé.

Au Bazar du Genre

Commissariat : Denis Chevallier, ethnologue, conservateur en chef du patrimoine
Scénographie : Didier Faustino

Le noir et le bleu

Commissariat : Thierry Fabre, essayiste, assisté d’Anissa Bouayed, historienne
Nombre d’œuvres : env. 400

Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM)

Expositions temporaires jusqu’au 6 janvier, 1, Esplanade du J4, 13002 Marseille, tél. 04 84 35 13 13, www.mucem.org. Tlj sauf mardi, 11h-19h, le vendredi jusqu’à 22h. Catalogues des expositions temporaires, coéd. MuCEM/Textuel, Le Noir et le Bleu, 45 €, Au bazar du genre, 39 €

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°394 du 21 juin 2013, avec le titre suivant : Le MuCEM dévoile ses expositions

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