Laure de Beauvau Craon

Président-directeur général de Sotheby’s France

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 1 février 2008

Président-directeur général de Sotheby’s France, Deputy Chairman-Europe, la princesse de Beauvau Craon a lancé dès 1992 la bataille pour l’ouverture du marché de l’art en France, effective neuf ans plus tard. Après le succès des premières ventes de Sotheby’s à Paris, elle commente l’actualité.

Quel premier bilan tirez-vous de l’ouverture du marché français des ventes aux enchères ?
Un bilan très positif car j’ai rarement vu des salles des ventes aussi animées et aussi occupées que celles que nous avons eues lors de nos premières ventes à la galerie Charpentier, dont les dispersions des bibliothèques Hayoit et Bolloré. À ces ventes, il y avait 260 personnes assises dans la salle et des gens debout jusque dans les escaliers, donc un grand intérêt et une grande animation. On sent que le Français est un collectionneur dans l’âme. Il s’intéresse à la vente et il y assiste. Nous avons affaire à un public de connaisseurs, et d’enchérisseurs quand ils le peuvent, et ceci dans toutes les strates de la société, ce qui nous différencie des pays voisins.

Pensez-vous que l’ouverture va redynamiser Paris ?
Je le pense. Une maison comme Sotheby’s a la capacité d’intéresser un public international à une vente. Si celle-ci a lieu à Paris, nous “internationalisons” la place de Paris de facto. Je pense que notre prochaine vente, celle de la collection André Jammes, sera une vente test dans le domaine de la photographie. La première partie a eu lieu à Londres en 1999. Tout a été raflé par un public anglo-saxon. On verra si, à Paris, outre le public international, nous susciterons un intérêt français, comme je le pense.

Quels sont les domaines dans lesquels Paris peut bien se placer ?
Les domaines parisiens sont évidemment le mobilier français, la bibliophilie, l’argenterie française, l’Art déco, l’Art nouveau, les tableaux anciens de goût français, les dessins, l’art tribal, la photographie quand il s’agit de collections. L’ouverture de Paris est une très bonne chose non seulement pour la France, mais aussi pour l’Europe : pour contrebalancer New York, il est sain d’avoir deux grands centres en Europe, le centre “off shore” qu’est Londres et le centre continental et historique qu’est Paris. Nous en sommes à notre troisième vente parisienne. Je pense qu’à notre trentième vente, nous verrons plus clairement les domaines qui se fixent à Paris.

Drouot est au centre de bien des convoitises actuellement. Que cela vous inspire-t-il ?
Je trouve très réconfortant qu’un marché national et international s’intéresse à Drouot. Cela prouve la prééminence de la place parisienne. C’est un centre de ventes historique où viennent cinq mille personnes par jour. Cependant, il semble inéluctable que des regroupements aient lieu pour faire face à la concurrence internationale. Cette concurrence est nécessaire car elle vitalise le marché. Plus Drouot marchera, plus Sotheby’s marchera. Avec l’ouverture du marché, je crois que nous avons  ouvert la boîte de Pandore : je n’aurais jamais cru il y a cinq ans que deux des grandes maisons anglo-saxonnes appartiendraient à des Français ni qu’une banque anglaise s’intéresserait à Drouot.

Le siège de Sotheby’s est juste en face du palais de l’Élysée. La campagne pour les élections présidentielles débute tout juste. Qu’attendez-vous de la part des candidats pour ce qui est de leur programme culturel ?
Je pense qu’ils ont déjà beaucoup fait. Plusieurs débats importants ont eu lieu : l’ouverture du marché de l’art s’est faite. La loi sur la sortie de France des objets d’art a été réformée. Une loi permettant aux sociétés de déduire de leurs impôts l’achat de trésors nationaux a été votée. Cette loi s’applique aux trésors nationaux se trouvant en France et on peut espérer que dans l’avenir, elle s’étende aux trésors français se trouvant à l’étranger.

Avez-vous suivi le procès d’Alfred Taubman ?
J’ai lu les articles comme tout le monde. J’ai beaucoup d’admiration pour Alfred Taubman qui a fait évoluer Sotheby’s dans le bon sens. Sotheby’s a connu une période faste pendant les années Taubman et je suis très triste du procès qui a lieu.

Une exposition vous a-t-elle particulièrement intéressée dernièrement ?
Il y a quelques jours, entre deux rendez-vous, je suis allée au Musée Guimet qui m’a fascinée. Globalement, je regrette de ne pas avoir plus de temps pour visiter les expositions. J’aime énormément Versailles. Nous y faisons des visites très régulières, environ une fois par mois, avec nos experts. J’ai dû y aller au moins trente fois ces cinq dernières années. Au début du mois, j’ai rejoint un groupe qui visitait en privé le Petit Théâtre de la reine, le Pavillon du rocher, le Pavillon français, et chaque fois j’ai le même plaisir. J’y ai amené de grands collectionneurs dans tous les domaines y compris d’art moderne et d’art contemporain, tous également subjugués. On est jamais blasé de Versailles.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°143 du 22 février 2002, avec le titre suivant : Laure de Beauvau Craon

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