Dimanche 18 février 2018

La VIe Biennale d’architecture de Venise : Mickey sur la Lagune

Les choix des pavillons

Le Journal des Arts

Le 26 novembre 2009

Initialement programmée en 1995 dans la corderie de l’Arsenal, pour coïncider avec le centenaire de la Biennale de Venise, la VIe Biennale internationale d’architecture avait dû être ajournée faute de moyens financiers. Elle aura finalement lieu du 15 septembre au 17 novembre dans les pavillons des Giardini. Les métamorphoses de la ville sont au cœur de l’exposition centrale, \"Capteurs du futur. L’architecte comme sismographe\", conçue par Hans Hollein. Après avoir accueilli l’artiste Bill Viola en 1995, le pavillon des États-Unis sera entièrement consacré à l’architecture… des parcs d’attractions Walt Disney.

VENISE - "La disposition traditionnelle des centres-villes, avec la place principale qui regroupe l’église et la mairie, a encore une réalité en Italie et en Autriche, mais elle est obsolète partout ailleurs, même en France, pays pourtant riche en traditions." Pour le directeur de la VIe Biennale internationale d’architecture de Venise, l’architecte autrichien Hans Hollein, de nouvelles configurations émergent des villes modernes, où prévalent centres commerciaux, musées, gratte-ciel… Ce monde en devenir est au centre d’un système complexe d’interrogations, qui débordent du cadre architectural, à la recherche de solutions technologiques nouvelles. D’où le titre de l’exposition centrale de la biennale, résolument conçue dans une perspective "visionnaire" : "Cap­teurs du futur. L’architecte comme sismographe".

En exposant, dans le pavillon italien, les réalisations de trente architectes internationalement reconnus, Hans Hollein entend démontrer que ce qui relevait du domaine de l’utopie il y a vingt ans est aujourd’hui bien réel ou en passe de l’être : réalité d’aujourd’hui, le Musée Guggenheim de Bilbao, conçu par Frank O. Gehry ; réalité de demain, le stade polyfonctionnel et modulable de Jean Nouvel, lauréat malheureux du concours lancé pour le Stade de France. "L’architecture radicale" des années 1965-1975 d’Isozaki, Hollein, Mendini, Sottsass et de Pichler est, elle aussi, devenue réalité, si l’on en croit Gianna Pettena, conservateur chargé de cette partie de l’exposition.

Ces mutations varient évidemment en fonction du contexte social et politique, et il est encore trop tôt pour parler de style ou d’école, l’effondrement des idéologies se faisant là aussi sentir. Mais face à cette évolution, l’architecte a retrouvé toute sa créativité en formulant les propositions les plus originales, témoin ce tournesol que Zvi Hecker édifie pour une école hébraïque à Berlin. Cette tendance devrait être encore plus évidente dans la section "Voix émergentes", même si certaines d’entre elles ont émergé depuis longtemps…

Des problèmes de budget, qui atteint un total 3,5 milliards de lires (11,5 millions de francs), ont en revanche limité l’approche interdisciplinaire souhaitée par Hans Hollein. Seules manifestations "rescapées" de son projet initial : une exposition de photographies d’architecture et un congrès.

Nouvelle génération d’architectes italiens
Pour la section italienne, Marino Folin, directeur de l’Institut universitaire d’architecture de Venise (IUAV), a sélectionné vingt-sept architectes de moins de quarante ans, qui présenteront tous des projets réalisés au cours des deux dernières années. À travers eux, quatorze régions italiennes sont représentées. Ne manquent à l’appel que le Val d’Aoste, la Ligurie, l’Ombrie et les Marches. Les régions les plus actives, telles que la Sicile, la Toscane, la Vénétie et la Lombardie, ont vu s’édifier ces dernières années des centres de congrès, des écoles, des gares routières, des palais des sports, des discothèques et de nombreuses habitations privées. Après avoir parcouru la première salle du pavillon italien, où sont exposées des photographies de paysages urbains de l’Italie des années quatre-vingt-dix, par Gabriele Basilico, le visiteur découvrira les projets sélectionnés, présentés dans une scénographie originale. En effet, chaque architecte exposera une maquette, accompagnée de dessins, de son bâtiment, dont il reproduira un détail en taille réelle, en utilisant les matériaux originaux.

L’architecture vue par Walt Disney
De tous les pays étrangers, la France est sans doute celui qui présentera la plus large sélection des travaux de ses architectes (lire ci-contre). Les États-Unis ont en revanche choisi de se limiter à l’univers des Disneyland de Californie, de Floride et de Paris, tous réalisés par la Walt Disney Imagineering. Une aventure à laquelle quelques-uns des plus célèbres architectes contemporains n’ont pas hésité à participer : d’Isozaki à Johnson, en passant par Robert Venturi et Aldo Rossi… L’Allemagne abordera le thème du développement urbain et de ses limites, tandis qu’Israël s’intéressera à l’architecture de la Méditerranée orientale.

Parmi les monographies importantes : l’hommage du Brésil à Oscar Niemeyer, celui de la Suisse à Luigi Snozzi, et celui de la Belgique à Pierre Hebbelinck. À noter enfin que le pavillon du Vénézuela a tout simplement choisi de présenter le projet de restauration de son propre pavillon, conçu par Carlo Scarpa en 1956, dont la rénovation est confiée à Valeriano Pastor.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°28 du 1 septembre 1996, avec le titre suivant : La VIe Biennale d’architecture de Venise : Mickey sur la Lagune

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