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La tech monte à l’assaut du marché muséal

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 31 janvier 2024 - 706 mots

Au salon Museum Connections, des entreprises novices en muséographie prospectaient, avec succès, un secteur friand de technologie.

Paris. « Déjà 190 rendez-vous à prendre ! », s’enthousiasme Bruno Daniel, président directeur de DXM Profuse, alors qu’il lui reste encore une demi-journée de salon pour prospecter de nouveaux clients. À Museum Connections, le stand de l’entreprise rennaise spécialisée dans l’affichage dynamique est l’un de ceux qui ont retenu l’attention des visiteurs, venus d’institutions publiques comme privées : le dernier à s’être intéressé aux panneaux de LED légers, pliables et démontables à l’envi venait du château de Versailles, glisse fièrement l’entrepreneur. Pourtant, les clients habituels de DXM Profuse sont étrangers au monde de la muséographie : Intermarché, Décathlon, l’entreprise bretonne travaille surtout avec la grande distribution. « La proposition tech du salon est très large ; elle concerne le traitement de la data, le back-office d’une solution de billetterie, les outils d’accessibilité pour pallier des déficiences », énumère Claire de Longeaux, directrice de Museum Connections. La 28e édition du salon international, les 16 et 17 janvier derniers, à la porte de Versailles, marquait une décennie de présence des entreprises technologiques au sein de l’événement consacré à l’expérience visiteur des lieux culturels. Loin de s’essouffler, la partie numérique du salon représente un tiers des exposants, malgré le rejet de la « tech pour la tech » par certains professionnels de la muséographie. Le salon s’adapte aussi à ces préoccupations : « Entre humanisation et digitalisation » est l’une des trois thématiques mises en avant pour cette édition 2024. « La technologie doit s’effacer derrière le discours muséal », estime ainsi la directrice du salon. Cette dernière met avant la confrontation, au cœur de la partie tech du salon, entre les incontournables casques de réalité virtuelle et des entreprises comme Sculpteur de rêves, proposant une immersion très humaine, incarnée par des acteurs et des décors.

Donner des idées aux musées

Avec sa proposition d’une maquette augmentée par projection, Clarte mise également sur une re-matérialisation du tout technologique. « On sait que la technologie rentre dans les musées, avec les casques notamment, mais maintenant il faut faire de l’original pour se démarquer », analyse Mathieu Chacun, directeur commercial de ce CRT (Centre de ressources technologiques, entreprise financée à moitié par l’État) installé à Laval. Tout comme DXM Profuse, c’est un premier pas dans le monde de la muséographie pour l’entreprise spécialiste de la réalité virtuelle et augmentée : la maquette proposée sur le salon est développée pour un client industriel, illustrant une usine 4.0. Malgré cette thématique bien éloignée, « l’effet waouh » est présent selon Mathieu Chacun. Et les discussions avec les représentants de sites culturels stimulent l’imagination : la maquette pourrait retracer les phases de construction d’un monument historique, devenir un plan de visite amélioré pour un musée, ou même une œuvre d’art évoluant au gré des projections. Les professionnels de la culture ont toutefois encore du mal à mettre un prix sur ce nouvel outil : « Quand je dis que ça coûte 50 000 euros, certains me disent que c’est beaucoup trop cher et d’autres pas assez… », rapporte le commercial prospectant en terre inconnue.

Une boutique 2.0

Sur le salon créé il y a trente ans pour accompagner le développement des ressources propres des institutions publiques, le nerf de la guerre demeure la boutique de musée. L’innovation également y est mise en avant dans un « pop-up store », qui valorise une trentaine de stands et six thématiques sélectionnés par un jury. « C’est ce que l’on prescrit pour avoir une proposition originale, plutôt que de véritables tendances », souligne Hélène Genter, qui dirige cette boutique éphémère. Représentant la tendance « Fan attitude » sur le pop-up store, l’entrepreneur québécois David Beaulieu propose ainsi des statuettes à l’effigie de Léonard de Vinci, Vincent Van Gogh, ou du Cri d’Edvard Munch, à la manière des petites figurines que collectionnent les afficionados de manga ou de films de super-héros. « On veut offrir quelque chose de plus jeune, qui revisite un peu l’offre, mais les produits traditionnels fonctionnent quand même très bien », estime-t-il, tout en désignant une gamme très classique de puzzles développée par son entreprise. Magnets connectés et NFT-souvenirs sont encore loin d’envahir les boutiques de musée : la star du salon restait le stylo BIC 4 couleurs, une « innovation » cinquantenaire qui s’offre une seconde jeunesse grâce à ses coques personnalisables.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°626 du 2 février 2024, avec le titre suivant : La tech monte à l’assaut du marché muséal

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