Vendredi 19 octobre 2018

Ces obscurs objets du design

La Mère Denis mérite la confiance des Beaux-Arts

Le Journal des Arts

Le 24 octobre 1997 - 478 mots

Chacun prépare le troisième millénaire à sa façon. Vedette a, quant à elle, envisagé de mettre une pointe de fantaisie dans l’esthétisme de l’électroménager. Pour cela, la marque a ouvert un concours auprès des étudiants de l’École nationale supérieure des beaux-arts (Énsb-a). Vedette a choisi de faire appel aux Beaux-Arts pour le caractère pluridisciplinaire de l’institution, espérant ainsi des créations suffisamment innovantes pour anticiper le regard qui sera porté sur l’avenir.

Il s’agissait pour les candidats de proposer un projet de décoration des faces de six produits Vedette. La réalisation devait se faire sur maquette papier au format réel et les esquisses retenues être concrétisées sur de véritables appareils ménagers. Sur les soixante projets présentés et les vingt retenus, c’est, in fine, celui de Romain Théobald, peintre graveur âgé de vingt-six ans, qui est sorti vainqueur. Cet artiste ne signe pas là son premier coup d’essai. Il a déjà exprimé son talent à travers diverses participations à des salons ou à des expositions, dont une personnelle au Forum des Halles il y a deux ans. Son travail, ici, est parti de reproductions d’illustrations des années cinquante. Il a imaginé de recouvrir les appareils – un réfrigérateur, deux lave-linge, une cuisinière, un lave-vaisselle, un four à micro-ondes – d’un collage en forme de puzzle représentant une image déstructurée d’une ménagère dans sa cuisine, le but étant d’établir un lien véridique entre l’utilisateur et son produit. Plus qu’une simple maquette, Romain Théobald a introduit au cœur de son projet la notion d’exploitation industrielle. En collaboration avec les promoteurs du concours, il a sollicité les techniques de traitement de l’image les plus pointues –  numérisation des reproductions, retraitement des données par le logiciel Photoshop et utilisation du procédé Novajet, qui permet l’impression de l’image sur panneaux en PVC adhésif et résistant aux UV, aux dimensions de l’appareil – pour aboutir aux images retraitées sur le champ créatif. Initiative qui vaut maintenant au projet du lauréat de faire l’objet d’une étude d’exploitation en présérie industrielle. Derrière Romain Théobald, deux jeunes créatrices se partagent le deuxième prix ex aequo. L’Au­trichienne Christina Clat a ainsi choisi de jouer le contraste entre le noir et le blanc. La texture du noir a été réalisée par bombage à partir de l’agrandissement d’une photographie de la trame d’une tapisserie du XVIIIe siècle, les espaces blancs restant préservés selon la technique du pochoir. L’autre lauréate, Lise Terdjman, a évoqué l’esthétique "bulle" des années soixante, avec ses formes cylindriques ou semi-cylindriques, et associé une couleur à chaque gamme de produits. Une somme de 20 000 francs ayant été remise au ga­gnant, Vedette a habillement joué sur deux tableaux : elle a su servir sa cause tout en parrainant une action de mécénat. Les voies du futur sont impénétrables... bonne idée que d’aller au-devant d’elles et d’aider ceux, hommes et femmes, qui construisent d’ores et déjà notre quotidien de demain.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°46 du 24 octobre 1997, avec le titre suivant : La Mère Denis mérite la confiance des Beaux-Arts

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