Vendredi 19 octobre 2018

La création en France s'expose à Paris

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 mai 2006 - 718 mots

Vingt et un ans après la dernière « Biennale de Paris », le ministère de la Culture a décidé de créer une nouvelle manifestation d’art contemporain triennale visant à mettre en exergue la diversité de la création en France. Intitulée « La Force de l’art », la première édition se tient jusqu’à la fin juin sous les verrières du Grand Palais. Carte blanche a été confiée à quinze commissaires pour mettre celle-ci en œuvre. Générations, styles et moyens d’expression en tous genres y voisinent dans une profusion qui révèle le caractère prospectif et éclectique de la scène française.

S’il est une tradition fortement ancrée dans nos habitudes culturelles en France, c’est que l’État s’applique à jouer un rôle de mécène. Depuis François Ier et jusqu’à aujourd’hui, le pouvoir politique s’est souvent efforcé d’occuper une place de premier choix dans la plupart des domaines artistiques. Avec André Malraux, le premier à avoir occupé en 1959 le poste de ministre des Affaires culturelles, il en a même fait l’un des éléments importants de sa stratégie.
Cela est encore plus prégnant eu égard aux arts plastiques du fait non seulement de la fragilité de leur éco­nomie mais aussi du vecteur et du retour d’image qu’ils peuvent lui offrir. Telle attitude se manifeste tant par le biais des commandes que par la tutelle de l’État sur l’activité muséale et l’organisation de manifestations ambitieuses visant à faire valoir la place de la scène française dans le concert culturel des nations.

De Napoléon III à l’exposition Georges Pompidou
Cependant, en matière d’art contemporain, rares ont été les gouvernants qui ont eu l’audace de jouer sur ce terrain. Il est vrai qu’il faut une certaine connaissance, une grande disponibilité d’esprit et une indiscutable passion. L’histoire est cependant ponctuée d’exemples qui ont fait date. Si Napoléon III décide de la mise en place en 1863 d’un Salon des refusés, ce n’est là qu’un geste totalement opportun qui cherche à marquer artistiquement l’inflexion de l’empire vers le libéralisme.
En revanche, presque cent ans plus tard, quand Malraux – encore lui – décide la création d’une Biennale de Paris pour faire de la capitale un rendez-vous international de la création la plus vive, il s’agit là d’un engagement quasi militant.
Quand, en 1972, Georges Pompidou exprime son souhait qu’une exposition soit organisée au Grand Palais pour faire un état de « Douze ans d’art contemporain en France », il y va de celui d’un amateur d’art éclairé qui sait l’importance de la création vivante.
C’est à l’aune d’un tel condensé historique qu’il convient d’appréhender le propos de « La Force de l’art ». Alors que depuis une vingtaine d’années la plupart des grandes places artistiques se sont inventé une vitrine pour promouvoir leurs artistes contemporains, la France, qui a été longtemps pionnière en ce domaine, se devait d’en imaginer une de nouveau à son image.
Le choix qui a été fait d’une manifestation triennale témoignant exclusi­vement de l’activité de création opérée à l’intérieur de l’Hexagone n’est pas à entendre comme l’expression d’un satisfecit cocorico. Il s’inscrit dans la pertinence d’une programmation nationale qui prend en compte l’existence et le succès considérable de la Biennale de Lyon, qui est pour sa part à caractère internationale.
Quant au mécanisme quelque peu complexe qui a présidé à la mise en œuvre de la manifestation – un comité de réflexion composé de huit person­nalités du monde de l’art accordant une carte blanche à quinze commissaires indépendants et faisant appel à six consultants et trois artistes pour toute la partie programmatique –, s’il est discutable, il est à considérer au mieux comme la façon la plus sûre d’illustrer le caractère éminemment éclectique de la scène française.
Dans tous les cas, il ne saura être un modèle récurrent.

Repères

1667 Création du Salon de l’Académie royale de peinture et sculpture. 1793 L’Académie des beaux-arts remplace l’Académie royale mais conserve le Salon. 1863 Inauguration du Salon des refusés. 1880 La IIIe République confie l’organisation du Salon aux artistes. 1884 Création du Salon des indépendants. 1890 Sécession au sein du Salon : création du salon de la Société nationale des beaux-arts. 1903 Frantz Jourdain, architecte et critique d’art, crée le Salon d’automne. 1949 Salon de la jeune peinture au Palais de Tokyo. 1959 André Malraux inaugure la première Biennale de Paris, disparue en 1985. 1991 Première Biennale de Lyon

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°580 du 1 mai 2006, avec le titre suivant : La création en France s'expose à Paris

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