Mercredi 21 février 2018

La 'bulle' de Lab Fac se poseau fort d’Aubervilliers

Un programme lié aux nouvelles techniques de l’information

Le Journal des Arts

Le 29 janvier 2010

À partir de 1999, le fort d’Aubervilliers devrait accueillir une institution novatrice, le Métafort, destinée à permettre la naissance de projets interdisciplinaires dans les domaines culturel, industriel et social, autour des activités générées par les nouvelles techniques de communication. À l’issue d’un concours organisé en janvier 1995 par la délégation interministérielle aux Grands Travaux, le projet très visionnaire des architectes Finn Geipel et Nicolas Michelin, de l’équipe Lab Fac, a été déclaré lauréat devant ceux de Paul Chemetov-Borja Huidobro et Odile Deck-Benoît Cornette.

PARIS - Quelles formes artistiques, industrielles et sociales naîtront de l’émergence des techniques de communication ? Sommes-nous à l’aube d’une mutation de civilisation telle qu’il est urgent d’anticiper une reconfiguration totale de nos façons de créer, de produire et de nous socialiser ? Telles sont, rapidement résumées, les interrogations à l’origine du programme Métafort, conceptualisé dès 1987 par Pierre Musso, administrateur à France Télécom, Jean Zeitoun, ingénieur, et Jack Ralite, maire d’Aubervilliers, que les architectes invités au concours se devaient de mettre en espace.

L’architecture du réseau
La question recelait un beau paradoxe : l’"architecture du réseau" dont on parle aujourd’hui communément, dans le cas de l’Internet par exemple, se caractérise justement par son absence d’infrastructure architecturale significative. Comparé aux propositions des deux autres équipes, tout le mérite du projet de Finn Geipel et Nicolas Michelin – par ailleurs auteurs d’une très belle proposition pour le récent concours du ministère de la Culture – est d’avoir su déduire de ce paradoxe une architecture originale. Leur projet, d’une esthétique simultanément hyper-moderne et raffinée, est conçu sur le schéma d’un "périphérique" informatique.

Il se compose principalement d’un grand volume, la "bulle". Celle-ci, comme un grand capot métallique constellé de micro-ouvertures, offre un ciel protecteur pour les espaces flexibles (plateau de télévision, scènes de spectacle, studio d’enregistrement, laboratoires, espaces de recherche, etc.) qui permettront aux artistes, chercheurs ou industriels de réaliser leurs projets, éventuellement communs, ainsi que pour un certain nombres d’autres espaces, fixes ceux-là, comme des amphithéâtres ou des locaux de direction.

Posés sur une immense dalle décollée du sol – la "plaque", sorte de sol métaphorique –, ces espaces sont enclos dans des boîtes étanches de différentes tailles (le "village") et innervés par toutes les alimentations techniques (électricité, chauffage, ventilation), mais aussi informatiques (dont un réseau à "haut débit", mis en place par France Télécom) provenant des installations techniques positionnées en dessous, au niveau du sol. Disposés tout autour, des bâtiments "satellites" accueillent les parties qui ne sont pas directement liées aux activités de création : logements d’artistes, ateliers de décors, bibliothèque, etc.

Il est intéressant de noter que l’exploitation architecturale logique d’un programme lié à l’informatique débouche sur un schème architectonique trinitaire, métaphore du monde d’aujourd’hui : un ciel (la "bulle") sans représentation, un sol (la "plaque") sans fondement et, dans l’intervalle, un "village global" communicant. Paradoxalement, si elle est grande ouverte sur le réseau, la "bulle" offre l’aspect d’une forme close vis-à-vis du monde extérieur proche, signe que l’articulation local/global sera sans doute l’enjeu majeur de l’aménagement du territoire de demain, en particulier à Aubervilliers, où la venue de cet équipement de prestige représente un enjeu urbain éminent.

Projet Métafort, Aubervilliers

Maître d’ouvrage : ministère de la Culture
Architectes : Finn Geipel, Nicolas Michelin
Chef de projet : Bernd Hoge
Conseillers : Jean-Pierre Céton, écrivain ; Joseph Hanimann, philosophe ; Andy Sedgwick, ingénieur (Ove Arup)
Livraison : 1999
Coût : 162 millions de francs
Surface : 20 000 m2

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°24 du 1 avril 1996, avec le titre suivant : La 'bulle' de Lab Fac se poseau fort d’Aubervilliers

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