Vendredi 6 décembre 2019

Jean-Michel Djian

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 14 septembre 2011 - 620 mots

Cacophonie à gauche. Cet été, les dirigeants socialistes se sont écharpés sur la question d’un doublement, ou non,
du budget du ministère de la Culture. Analyse...

Martine Aubry a proposé, si elle était élue, un doublement du budget de la culture. Comment interprétez-vous cette déclaration ? 
Martine Aubry reprend, à plus de trente ans d’intervalle, la posture de François Mitterrand quand ce dernier annonça dans ses « 110 propositions » le fameux 1 % du budget de l’État consacré à la culture. Le nouveau chef de l’État se contenta de le doubler (ce qui correspondait tout de même à 0,75 %). Mais, sur le fond, la déclaration de la candidate aux primaires du PS a de quoi surprendre, car sa réponse est budgétaire. Or, chacun sait aujourd’hui que c’est le sens même de la politique culturelle publique qui est en question. Et cette question n’est pas seulement budgétaire, elle est existentielle ! Le modèle de gestion publique appliqué aux arts et à la création n’a, grosso modo, pas varié depuis Malraux alors que, depuis Lang surtout, les conditions, les ressorts, l’environnement de la production et de la diffusion artistique mondiale n’ont plus rien à voir avec ceux des années 1960. Pourtant, le discours reste le même : il faut démocratiser l’accès à la culture. Très bien, sauf que, malgré tant d’efforts budgétaires, ce sont toujours les mêmes qui vont à l’opéra, regardent Arte et fréquentent les expositions du Grand Palais.

Cette idée ne fait pas consensus chez les socialistes. La gauche peine-t-elle à définir une véritable politique culturelle ? 
Il existe, en effet, une ligne de fracture idéologique chez les socialistes. Il y a d’un côté les tenants d’une politique culturelle institutionnelle très interventionniste représentée par le courant le plus conservateur et qui considère que la culture est une « marque de fabrique » de la gauche éclairée, humaniste, et, au fond, très jacobine. Et, de l’autre, celles ou ceux qui pensent que la politique culturelle doit avant tout s’épanouir de manière contractuelle et décentralisée au sein de la société civile associative. C’est le courant libertaire antibureaucratique de la gauche, mais c’est aussi celui dans lequel les artistes et les créateurs se sentent le moins engagés, politiquement parlant.

Existe-t-il encore une zone de clivage sur ce sujet avec la droite ?
À la différence d’une gauche qui cultive l’idée que l’accès à la culture est aussi une démarche d’éducation, la droite n’a pas, malgré les dires du président Sarkozy, d’ambitions esthétiques et civilisationnelles. Pour cette dernière, ce qui compte, c’est de faire fructifier le patrimoine et de célébrer dans les meilleures conditions les artistes populaires. Mais la droite n’a plus de Malraux, tandis qu’à gauche il existe, malgré tout, des « saltimbanques » politiques capables de provoquer, comme l’adjoint à la culture du Maire de Paris, Christophe Girard, ou le patron de France Culture, Olivier Poivre d’Arvor.

La culture aura-t-elle un rôle à jouer dans la campagne présidentielle ?
C’est un terrain miné car aucun des candidats potentiels ne voudra s’aventurer sur le terrain du sens. Trop conceptuel. Parce qu’il faut du courage, du temps et des idées pour convaincre sur une réforme de fond nécessaire du ministère de la Culture et, dans une telle conjoncture économique, personne ne prendra le risque d’en faire une priorité.  Sauf si un consensus se dégage pour faire de l’éducation artistique à l’école la priorité des priorités budgétaires, ce que préconisent d’ailleurs Martine Aubry et François Hollande. Car c’est sur ce terrain-là que la politique culturelle peut reprendre du souffle et rebondir.

Le débat

C’est en plein Festival d’Avignon, au Forum Libération, que Martine Aubry a placé la culture dans le débat en proposant notamment d’augmenter de 30 à 50 % le budget du ministère.



27 milliards d'euros : c'est le budget actuel du ministère de la Culture.

« Il faut faire attention de dire la vérité sur l’état de nos comptes publics et je ne tomberai pas dans une espèce d’échelle du perroquet où on va proposer plus. Nous reconstruirons ce qui a été supprimé, nous essaierons d’avoir une loi de programmation pour mettre ce qui doit être fait sur cinq ans. »
François Hollande

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°639 du 1 octobre 2011, avec le titre suivant : Jean-Michel Djian

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