Mardi 10 décembre 2019

film

Jean-François Stévenin, 3e

L'ŒIL

Le 1 mars 2002 - 243 mots

Jean-François Stévenin : l’infatigable acteur est mieux connu que le cinéaste si rare, auteur en vingt-cinq ans de trois films seulement, trois merveilles, Passe-Montagne (1978), Double Messieurs (1986) et Mischka aujourd’hui. C’est pourtant une même puissance qu’ils exercent, une même forme qu’obstinément ils tiennent. Ce qui la définit ? Une sorte d’athlétisme gratuit. Acteur, Stévenin sidère tant il paraît généreux quoique brutal, noué et simultanément hyper rapide. Cinéaste, il élargit ce jeu de forces à la fiction et au casting eux-mêmes. Coups de foudre, brouilles, séparations et retrouvailles, toujours définitifs, font et défont ici, en un faux road movie, une hétéroclite famille pareille à un unique corps tantôt ramassé tantôt épars. Admirable alors est la manière dont tout bouge, pas seulement Stévenin/Gégène ou sa fille Salomé, Yves Afonso ou Jean-Paul Roussillon (qui fait Mischka, le père qu’en chemin Gégène kidnappe et adopte), mais aussi les vignes, des morceaux entiers de nature, un énorme camion tous feux subitement allumés et, dans le fond du plan, disparaissant derrière une colline, une tranquille montgolfière. On demande souvent ce qu’est le réalisme au cinéma : peut-être cet art d’ogre, de géant ou d’Hercule qui n’approche pas le monde sans le bousculer, sans le renverser ; qui déplace les montagnes, remue ciel et terre, les jette l’un contre l’autre. Comme on parle de guitar hero, à propos de Stévenin, fan et copain de Johnny, dont l’hélicoptère se pose au milieu d’un champ, il faudrait dire : camera hero.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°534 du 1 mars 2002, avec le titre suivant : Jean-François Stévenin, 3e

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