Vendredi 4 décembre 2020

Paris

Guimet et l’art contemporain

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 7 juin 2011 - 562 mots

Le Musée ajourne les unes après les autres les expositions dédiées à l’art contemporain. Dernière en date : l’Indonésie.

PARIS - Après le report sine die du « Corps de l’Inde », prévu en mai et dédié à l’art contemporain indien, une autre exposition, consacrée à l’art contemporain indonésien, qui devait initialement se tenir à l’automne, est à son tour décalée. Elle pourrait même être annulée. « Je n’ai jamais pensé la supprimer, c’est moi-même qui ai tenu à ce qu’elle ait lieu. Je ne vois pas pourquoi je torpillerais un projet important. Mais je ne peux pas signer tant que je n’ai pas des éléments fermes et nets. Il y a aussi des questions de délai ; il y a un catalogue et une communication à préparer, une consultation pour la scénographie et la signalétique », défend Jacques Giès, président du Musée national des arts asiatiques Guimet, à Paris. Pourtant, celui-ci avait déclaré, dans un courrier adressé en décembre 2010 au spécialiste Jean-Marc Decrop, mandaté pour la coordination entre les équipes françaises et indonésiennes : « Nous pouvons envisager avec confiance la préparation de cette exposition pour l’automne 2011 ».

Pour Jacques Giès, l’une des pierres d’achoppement serait la fiche financière proposée par l’Indonesian Visual Art Archive (IVAA), le Centre d’archive d’art contemporain indonésien, partenaire de l’événement. La somme exigée pour la contribution scientifique ainsi que pour les frais de voyage du commissariat indonésien serait trop élevée. L’exposition bénéficiait pourtant du mécénat de la firme Total à hauteur de 150 000 euros, le reste du budget estimé à 400 000 euros étant pris en charge par quatre collectionneurs indonésiens. Mais, pour le président du Musée Guimet, ces accords ne sont pas fermes. «  Il existe des engagements de la part de Total, affirme de son côté Jean-Marc Decrop. Pour ce qui est des collectionneurs, c’est le serpent qui se mord la queue. Si on ne les approche pas en prenant des engagements fermes, ils ne peuvent pas non plus s’engager. C’est un gâchis terrible : tous les commissaires ont énormément travaillé et ils ne savent pas comment leur travail en pure perte sera compensé. »

Manque de communication 
Les dates de l’exposition avaient pourtant été annoncées officiellement aux autorités indonésiennes à quatre reprises, notamment à l’ambassade de France en Indonésie et au cabinet du ministre du Commerce indonésien. Cet événement devait s’inscrire dans des accords plus larges de réciprocité qui devaient être signés entre l’institution parisienne et le ministère de la Culture indonésien à travers l’ambassade de France en Indonésie. Si Jacques Giès est confiant dans une signature prochaine, les partenaires locaux sont beaucoup plus circonspects. Les deux commissaires indonésiens, Enin Sprianto et Agung Hujatnikajennong, sont pris par d’autres engagements en 2012 et ne pourront assurer le commissariat de l’exposition. Farah Wardani, directrice de l’IVAA, regrette pour sa part le manque de communication avec l’équipe du musée parisien. Dans un courriel adressé le 30 mai à Jean-Marc Decrop, celle-ci déclare que, après avoir longuement réfléchi, elle entendait se retirer du projet. Jacques Giès semble vouloir mettre sous le boisseau sa politique d’ouverture à l’art contemporain, fortement contestée au sein de son institution. Ce, dans un contexte où son mandat, qui s’achève fin juillet, risque de ne pas être renouvelé. « Je traverse une période difficile, admet-il. Si je ne suis pas là, cette politique de l’art contemporain risque de disparaître. »  

Légende photo

Le Musée Guimet. © Photo : J.-P. Pinon.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°349 du 10 juin 2011, avec le titre suivant : Guimet et l’art contemporain

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