Restauration

Galerie des Glaces : la polémique

Le Journal des Arts

Le 14 mai 2004 - 790 mots

L’équipe retenue pour la restauration du vaisseau amiral du château de Versailles ne fait pas l’unanimité. L’affaire est portée devant les tribunaux.

VERSAILLES - La restauration des peintures, sculptures et dorures de la galerie des Glaces à Versailles, classée patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, a-t-elle été confiée à des praticiens insuffisamment qualifiés ? Tel est du moins l’avis des groupements Delteil et Lepage-Pontabry, tous deux candidats malheureux à la restauration de la voûte exécutée par Lebrun. Ils estiment l’entreprise Pasquali-De Monte – retenue par la société de BTP Vinci, maître d’ouvrage du chantier –, non conforme aux critères de sélection définis dans l’appel à candidatures restreint, et régi par le droit privé, lancé en septembre 2003. Rappelons que Vinci s’était engagée quelque mois auparavant à financer, à raison de 10 millions d’euros sur cinq ans, l’entière restauration de la galerie des Glaces (lire le JdA n° 165, 21 février 2003).
L’appel d’offres, que nous avons pu consulter, précise clairement les « qualités et capacités des candidats ». Ces derniers devaient notamment justifier « d’un diplôme [reconnu] délivré à l’issue d’une formation de quatre ans minimum », et d’une « expérience professionnelle […] sur les trois dernières années ». Or, affirment les équipes évincées dans un courrier envoyé à différents acteurs de la conservation-restauration, « dans la spécialité peinture, sur 35 personnes, quinze ne correspondent pas aux critères d’expérience exigés (diplômes obtenus entre 2001 et 2003), une n’a aucun diplôme et une autre pas de diplôme reconnu. En sculpture, sur 19 restaurateurs, 16 n’ont pas […] de diplôme ou possèdent des diplômes régionaux italiens, obtenus en deux ans ». Elles dénoncent également un niveau de formation inférieur à celui qu’exige la loi musée pour les restaurateurs intervenant sur les collections des Musées de France (diplôme équivalent à au moins quatre années d’étude).
Considérant ces irrégularités, les groupes Delteil et Lepage-Pontabry ont engagé une procédure en référé, laquelle a abouti à un différé de signature du contrat entre l’équipe retenue et Vinci. L’accord ayant malgré tout été signé, une nouvelle requête vient d’être déposée par Florence Delteil au tribunal administratif de Versailles, pour demander l’annulation du contrat. « Au-delà du débat juridique, cette affaire pose deux questions fondamentales : la délégation excessive de la maîtrise d’ouvrage par l’État, qui laisse tous pouvoirs au mécène, et le devenir des grandes formations françaises de restauration », souligne Florence Delteil.
« Il n’y a pas matière à polémique », estime Isabelle Pallot-Frossart, pour qui toute cette affaire est motivée par l’amertume de candidats déçus d’avoir perdu un contrat juteux (montant du marché : 2 millions d’euros). Mais la directrice du Laboratoire de recherche des monuments historiques, membre du jury de sélection, avoue avoir jugé les équipes sur leur dossier, leur expérience et non sur leurs qualifications. « J’ai donné un avis technique et non pas administratif. L’équipe Pasquali-De Monte présentait un très bon dossier, et s’était illustrée dans la restauration de deux décors majeurs de Lebrun, ceux de la galerie d’Apollon à Versailles et du pavillon de l’Aurore à Sceaux. » Également membre du jury, Christian Baulez, conservateur à Versailles, fait savoir que le parti désigné était non seulement le mieux-disant – « la différence de prix était importante » – mais aussi le plus qualifié. Il précise toutefois que « les CV ou diplômes ne figuraient pas au dossier, mais que Mme Pasquali s’était portée garante des qualifications de ses restaurateurs lors de l’audition »… D’autres personnalités du jury, visiblement embarrassées par cette affaire, se sont retranchées derrière leur droit de réserve.
De son côté, la direction des Musées de France (DMF) a apporté un soutien inconditionnel à son plus généreux mécène. « Les diplômes, les compétences et l’expérience du groupement Pasquali-De Monte présentent toutes les garanties pour la restauration de la galerie des Glaces. Ils répondent en particulier aux exigences de la loi musée », a ainsi affirmé Francine Mariani-Ducray, directrice de la DMF, dans une lettre adressée à Patrick Palem, directeur du projet auprès de la société Vinci. « Tous les restaurateurs de cette équipe possédaient les quatre années d’études demandées ; CV et diplômes figuraient au dossier », renchérit Patrick Palem, qui fournit une explication édifiante à toute l’affaire, motivée selon lui par « la jalousie et la xénophobie des groupes lésés », l’équipe choisie étant composée de nombreux Italiens… Christine Albanel, présidente de l’établissement public de Versailles, estime quant à elle que toutes les précautions ont été prises au sein de ce marché de droit privé : création de comités consultatifs composés de personnalités des musées et des monuments historiques, mise en concurrence de plusieurs entreprises de restauration… « Les attaques des plaignants risquent d’aboutir à la mise en péril d’un mécénat extraordinaire », conclut la présidente de l’ÉPV.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°193 du 14 mai 2004, avec le titre suivant : Galerie des Glaces : la polémique

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