Dimanche 16 décembre 2018

Emile Gallé, « homo triplex »

Le Journal des Arts

Le 8 juillet 2004 - 615 mots

À Paris et en Lorraine, expositions, manifestations et publications accompagnent le centenaire de la mort d’Émile Gallé, prolifique créateur Art nouveau.

Ses contemporains le surnommaient l’« homo triplex » en raison de son égale maîtrise du verre, du bois et de la céramique. Cette triple activité, alliée au rôle novateur joué par Émile Gallé (1846-1904) dans le domaine des arts décoratifs, imposèrent l’artiste et industriel d’art comme le chef de file de l’École de Nancy, et en firent l’un des principaux protagonistes de l’Art nouveau (lire l’encadré).
À l’occasion du centième anniversaire de sa disparition, sa ville de Nancy lui rend hommage. Mais quel pan de la production de ce créateur polymorphe fallait-il mettre en avant ? Le Musée de l’École de Nancy et la Fondation Neumann de Gingins (Suisse) ont choisi le verre, matière dans laquelle l’artiste a créé de nombreux chefs-d’œuvre, et qui a donné lieu à de multiples recherches techniques et décoratives. Les pièces réunies par les deux institutions, et présentées dans un premier temps au Musée de l’École de Nancy, s’en font l’écho tout au long d’un parcours qui confronte modèles uniques et pièces produites en série.
« Émile Gallé ne connut pas les distinctions arbitraires qui séparent le beau pur du beau appliqué, écrivait le critique d’art nancéien Roger Marx en 1911. Le rapprochement constant, sous son regard, d’objets de vitrine et d’objets d’utilité lui apprit à ne pas donner comme fin exclusive à son effort l’élaboration de pièces de collection ; libéralement sa fantaisie et son goût se répandirent sur les plus humbles ouvrages. Ce dualisme constitue un des traits distinctifs de sa production à la fois raffinée et populaire, dédiée tout ensemble à l’élite et à la foule. » Pour s’en convaincre, on pourra comparer le Vase Marguerite de Chartres (1896), une œuvre de commande de la comtesse de Greffulhe, avec deux exemplaires plus modestes, de forme identique mais au décor moins sophistiqué. Ou encore observer les subtiles variations distinguant les objets d’une même série, telles les Coupes Libellules dont six des douze exemplaires connus ont été pour la première fois réunis. Le raffinement des jeux de matière, l’harmonie des coloris, le dialogue entre décor et forme et la qualité d’exécution diffèrent ainsi d’une pièce à l’autre, sans jamais lasser.
À cette démonstration réussie vient s’ajouter la publication du premier catalogue recensant les verres de Gallé conservés par le musée, soit près de 500 services, objets d’art, luminaires et études produites par l’industriel entre 1867 et 1904. Le verre est aussi à l’honneur au Musée d’Orsay à Paris, qui rassemble autour de La Main aux algues et aux coquillages, ultime chef-d’œuvre du verrier, une trentaine d’œuvres inspirées de l’univers marin. Et au Musée de Meisenthal (Lorraine), qui présente 120 verreries signées Gallé. Pour cet anniversaire, seul le Château lorrain d’Haroué s’est aventuré dans les contrées moins explorées de la céramique.

Emile Gallé, artiste et industriel

Né à Nancy en 1846, de parents propriétaires d’un magasin de verrerie et de céramique, Émile Gallé reprend l’entreprise familiale en 1877, et développe à partir de 1885 une production de mobilier. Artiste autant qu’industriel – il était à la tête d’une fabrique de 200 ouvriers –, ce passionné de botanique puise ses formes et ses motifs dans la nature. Luxueuses et novatrices, ses pièces créent l’événement lors des Expositions universelles, et suscitent de nombreuses commandes prestigieuses. Mais Gallé, avant tout soucieux de mettre l’art à la portée de tous, s’engage dans la production en série et fonde, en 1901, « une association d’union, d’entente, de travail, d’affection, qui s’appelle : École de Nancy, alliance provinciale des industries d’art », à laquelle participent artistes, industriels et architectes lorrains. Il meurt à Nancy en 1904.

- Verreries d’Émile Gallé. De l’œuvre unique à la série, jusqu’au 15 août, Musée de l’École de Nancy, 36-38, rue du Sergent-Blandan, 54000 Nancy, tél. 03 83 40 14 86, du mercredi au dimanche, 10h30-18h. Et du 2 septembre au 12 décembre, Fondation Neumann à Gingins (Suisse), tél. 41 22 369 36 53. Catalogue, éd. Somogy, 110 p., 30 euros. - Les techniques du verre chez Gallé, jusqu’au 15 août, Musée de l’École de Nancy. Catalogue, Émile Gallé et le verre, la collection du Musée de l’École de Nancy, éd. Somogy, 220 p., 45 euros. - Émile Gallé, innovations verrières, jusqu’au 31 octobre, Musée du verre et du cristal de Meisenthal, place Robert-Schumann, 57960 Meisenthal, tél. 03 87 96 91 51, tlj sauf mardi 14h-18h. - Charles et Émile Gallé, céramistes, jusqu’au 17 août, château d’Haroué, 54740 Haroué, tél. 03 83 74 06 55, tlj 10h-12h, 14h-18h. - La main aux algues et aux coquillages, jusqu’au 12 septembre, Musée d’Orsay, place Bellechasse, 75007 Paris, tél. 01 40 49 48 14, tlj sauf lundi 9h-18h, jeudi jusqu’à 21h45. - Sur les pas d’Émile Gallé, parcours-découverte à Nancy, le 17 juillet et le 14 août, tél. 03 83 40 14 86. - Colloque : Hommage à Émile Gallé, 28-29 septembre, université de Nancy-II, rens. Académie de Stanislas, www.academie-stanislas.org/

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°197 du 8 juillet 2004, avec le titre suivant : Emile Gallé, « homo triplex »

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